PLAIDOYER – Nous y étions en cette rentrée…

Fermes collectives et partagées: une voie d’avenir pour le renouvellement des générations agricoles.

 

La Wallonie traverse une crise majeure de l’installation agricole. Une part croissante des enfants d’agriculteurs ne souhaitent plus reprendre la ferme familiale, ou du moins pas seuls, en raison de conditions de travail dégradées et d’une pression économique accrue. Les modèles agricoles alternatifs, en bio et circuits courts, tentent de répondre à ces difficultés, mais restent souvent trop lourds à porter individuellement. Les enjeux de transmission concernent ainsi l’ensemble du monde agricole.

Le 27 août dernier, le Réseau wallon PAC a publié son nouveau carnet consacré aux fermes collectives et partagées(opens in new tab), fruit d’un travail mené avec SAW-B à la suite de cinq journées de rencontres que nous avons animées en 2025 à travers la Wallonie. Plus de 80 producteurs et productrices, accompagnateurs, chercheurs et représentants du monde agricole y ont partagé leurs expériences et questionné la possibilité d’être agriculteur·rice autrement.

Les fermes collectives et partagées rassemblent plusieurs producteurs et productrices, issus ou non d’une même famille, autour d’un projet agricole professionnel, nourricier, ancré dans son territoire et engagé en agroécologie et en circuits courts. Ces personnes souhaitent s’installer en collectif, afin de partager les responsabilités et les risques économiques, et plus généralement d’améliorer les conditions de travail.
À l’heure où de nombreuses fermes peinent à trouver des repreneurs, ces collectifs agricoles ouvrent de nouvelles opportunités aux producteurs et productrices en projet de transmission. Ils ouvrent également de nouveaux possibles pour renforcer la résilience des fermes et créer des espaces d’innovation organisationnelle au service d’une agriculture plus respectueuse de celles et ceux qui travaillent.

Pour autant, ces innovations à elles seules resteront insuffisantes pour faire face aux enjeux de transmission. Certaines de ces fermes restent fragiles: les collectifs familiaux peuvent s’épuiser faute d’outils adaptés aux nouvelles aspirations en termes d’organisation du travail et de gouvernance, tandis que les collectifs non familiaux se heurtent à des obstacles humains, économiques, fonciers et juridiques encore insuffisamment pris en compte. D’autant que le cadre législatif n’est pas adapté. Il est prévu pour des installations individuelles ou familiales et des transmissions intra-familiales. Ce carnet met en lumière un mouvement encore peu visible mais porteur de nombreuses perspectives pour l’avenir de l’agriculture wallonne si les pouvoirs publics acceptent de le reconnaitre et valoriser au même titre que les autres formes d’agriculture.

 

Nos recommandations en un clin d’œil

Les fermes collectives et partagées, qu’elles soient familiales ou non, sont des réponses crédibles à des défis concrets : renouvellement des générations, amélioration des conditions de travail, transition durable et résilience locale. Pour développer leur plein potentiel, nous plaidons pour :

  • Nommer un référent ‘collectif agricole’ au sein de l’administration afin de centraliser l’expertise, fluidifier les parcours des porteurs de projets, créer un point de contact unique, respecter le choix des agriculteurs cherchant à s’inscrire dans les traditions agricoles wallonne du travail en collectif ;
  • Financer l’accompagnement des dynamiques collectives en fermes, familiales ou non, dans une approche interdisciplinaire et systémique. Une bonne gestion du collectif facilite les conditions de travail à tout niveau et améliore la viabilité économique ;
  • Légaliser des modalités de compagnonnage en ferme pour faciliter la transmission des fermes et des pratiques agricoles, par exemple via le subventionnement d’un cursus de formation par compagnonnage qui favoriserait une transmission des fermes par étape et la formation des successeurs par le cédant ;
  • Revoir la notion de gestion autonome pour que les aides de la Politique Agricole Commune ciblent mieux les vrais producteurs nourriciers de notre région (en excluant mieux les sociétés de gestion et en incluant plus aisément les fermes partagées) ;
  • Faciliter la transmission des terres et des baux à l’ensemble des agriculteurs, via l’élargissement du mécanisme de cession privilégiée des baux classiques à toute reprise agricole viable, y compris par des collectifs ou des personnes hors cadre familial.

 

Reconnaitre et soutenir les fermes collectives et partagées en tant que fermes productives et professionnelles est à ce jour devenu une clé essentielle si on veut que les producteurs et productrices puissent s’ouvrir à la possibilité de s’associer avec d’autres pour améliorer leurs conditions de travail et participer au renouvellement des générations.

 

 

Économie sociale et pouvoirs locaux: créer davantage de liens sur le territoire

 

Ce 4 septembre, la Tournée des pouvoirs locaux, organisée par ConcertES et SAW-B avec Smart, COOPCITY et Déclic en PerspectivES faisait exceptionnellement étape à Bruxelles.

L’objectif de cette matinée: mieux faire connaître l’économie sociale aux mandataires et administrations communales, montrer ce qu’elle peut apporter aux territoires bruxellois et, surtout, donner des clés concrètes pour développer davantage de collaborations.

 

Une autre manière de faire de l’économie

Premier rappel important: l’économie sociale n’est pas un secteur d’activité. Elle rassemble des entreprises actives dans une multitude de domaines – énergie, alimentation, construction, services, insertion, culture, économie circulaire… – mais qui partagent une autre logique de développement économique.

Ce sont des entreprises qui ont une réalité économique, génèrent des revenus et peuvent réaliser des bénéfices. La différence se situe notamment dans ce qu’elles en font: ceux-ci sont prioritairement réinvestis dans les services, les outils, le projet ou les personnes.

Elles poursuivent également une finalité sociale ou sociétale et aspirent à une gouvernance démocratique.

À Bruxelles, l’économie sociale représente environ 12% de l’emploi salarié. Elle est pleinement intégrée à l’économie, tout en étant fortement ancrée dans les territoires et connectée à leurs besoins.

C’est tout l’enjeu de la Tournée: mieux faire connaître cette économie, inspirer, outiller et créer des liens pour faire émerger de nouveaux partenariats locaux.

 

Un écosystème bruxellois déjà bien présent

La matinée a aussi permis de présenter brièvement plusieurs acteurs qui contribuent, chacun à leur manière, au développement de l’économie sociale à Bruxelles.

Smart, qui nous accueillait, offre un cadre partagé permettant à des milliers de personnes de développer leur activité tout en mutualisant des outils, des services administratifs et une protection sociale, dans une logique coopérative.

Déclic en PerspectivES permet de découvrir l’économie sociale, de rencontrer les initiatives existantes sur le terrain et d’accompagner l’émergence de nouvelles idées.

COOPCITY prend ensuite le relais à différents stades de développement des entreprises sociales bruxelloises, grâce à des programmes collectifs, du coaching, un réseau d’expert·es et des outils partagés.

L’écosystème est là. L’un des enjeux est maintenant de lui donner davantage de débouchés et de possibilités de coopération avec les acteurs publics.

 

Des entreprises qui répondent déjà aux besoins du territoire

Trois exemples ont permis de passer rapidement de la théorie à la pratique.

brupower produit et vend de l’électricité renouvelable à Bruxelles, avec une logique coopérative et locale : les investissements servent à développer de nouveaux projets énergétiques sur le territoire.

Citeco, entreprise de travail adapté, a rappelé qu’une ETA est avant tout une entreprise qui fournit des services professionnels. Parcs et jardins, manutention, reliure, collecte ou traitement de livres… les possibilités de collaborations avec les communes sont nombreuses.

Enfin, IsoFabric transforme des textiles qui ne peuvent plus être réemployés en seconde main en isolant thermique et acoustique : une solution locale, circulaire et biosourcée qui crée aussi de nouveaux débouchés pour les acteurs du réemploi textile.

Trois exemples très différents, mais une même démonstration: l’économie sociale apporte déjà des réponses concrètes aux besoins des communes et de leurs habitants.

 

Les marchés publics comme levier

Le rôle de SAW-B est double: faciliter l’accès des entreprises d’économie sociale aux marchés publics et aider les pouvoirs locaux à concevoir des marchés publics responsables de manière à leur permettre davantage d’y répondre.

Plusieurs leviers très concrets ont été présentés :

  • Sourcer : mieux connaître l’offre existante et intégrer les entreprises d’économie sociale dans les consultations préalables.
  • Allotir : diviser un marché en lots plus accessibles aux TPE et PME.
  • Réserver : réserver certains marchés ou lots à des entreprises d’insertion, organismes d’insertion socio-professionnelle ou entreprises de travail adapté.
  • Intégrer des clauses sociales, éthiques, environnementales ou circulaires.
  • Piloter : suivre réellement les engagements prévus dans le marché une fois celui-ci attribué.

À Bruxelles, l’objectif de 2,5 % d’emploi de personnes en situation de handicap constitue également un incitant supplémentaire à travailler avec les entreprises de travail adapté.

Les marchés publics ne sont donc pas seulement des procédures: ils peuvent devenir un véritable outil de politique économique, sociale et territoriale.

 

Et du côté des communes, qu’est-ce qu’on vient chercher ?

Les échanges avec les participantes et participants ont aussi permis de mettre des mots très concrets sur les besoins des pouvoirs locaux.

  • Catherine Morenville, échevine à Saint-Gilles notamment en charge de l’Égalité des chances et du Handicap, était venue pour mieux comprendre ce que l’économie sociale pouvait proposer aux communes et aux CPAS, mais aussi pour identifier de nouveaux partenaires potentiels à Saint-Gilles. Elle a notamment rappelé le travail déjà mené autour de l’emploi des personnes en situation de handicap dans les communes bruxelloises. Car au-delà de l’emploi direct au sein des administrations, les collaborations avec les entreprises de travail adapté constituent elles aussi un levier à mobiliser davantage.
  • De son côté, Oumnia Berrahal, échevine de l’Économie sociale, de l’Emploi et de la Prévention à Forest, formulait une attente que partagent probablement de nombreux mandataires : comment passer de l’envie de favoriser l’économie sociale à des décisions et des marchés très concrets ?

C’est précisément là que le travail peut commencer: partir d’un besoin concret de la commune, regarder qui peut y répondre, identifier le bon levier et construire progressivement une pratique d’achat plus sociale et territoriale.

Les marchés publics deviennent alors bien davantage qu’une procédure administrative: un véritable outil de développement économique local.

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