Notre manifeste
Depuis 1981, SAW-B rassemble des entreprises, des associations, des fédérations, des coopératives, des travailleuses et des travailleurs, des citoyennes et des citoyens qui ont décidé d'expérimenter l'économie sociale, ici et maintenant.
Innover.
Innover, c’est oser ouvrir de nouveaux chemins, tracer des routes encore invisibles. L’innovation en économie sociale fait autre chose qu'inventer de nouveaux produits ou services, elle interroge les relations économiques, elle répond aux besoins sociaux pas ou mal satisfaits, elle stimule la gouvernance démocratique, elle expérimente des formes inédites de participation et elle fait éclore des modèles où la valeur créée profite à toute la société et contribue à l'intérêt général.
Interpeller.
Interpeller pour peser sur le monde, c’est prendre la parole avec force et conviction, porter haut les valeurs d'égalité, de solidarité, d’équité, d'inclusion, de diversité et de respect de l’environnement. C’est questionner les choix économiques dominants, dénoncer les logiques d’exclusion et les formes d’exploitation qui fragilisent et compromettent le futur, c'est penser et agir sur l'intégration des neuf limites planétaires dans la production afin de préserver une Terre viable.
Accompagner.
Accompagner des projets et des structures qui incarnent ces alternatives pour les ancrer dans les territoires, c’est traduire cet engagement en acte, en soutien technique, en expertise, en compréhension des enjeux. Nous cherchons à renforcer et à favoriser l’émergence d’initiatives qui répondent aux besoins des populations, à consolider des projets capables de se déployer et d'essaimer.
Fédérer.
Fédérer celles et ceux qui font l'économie sociale ici et maintenant, rassembler une diversité de structures, de travailleur·es, d'entrepreneur·es, de citoyennes et citoyens engagés autour d’une vision pour co-construire progressivement un écosystème où les échanges, les coopérations et les solidarités se fortifient.
Ces quatre engagements ne s'additionnent pas, ils s’enchevêtrent et se nourrissent mutuellement. Ces dimensions sont indissociables, comme les racines d'un arbre. Séparés, ces engagements sont des outils ; réunis, ils forment des approches qui font la singularité et la force de notre démarche.
Ensemble, nous formulons et expérimentons des hypothèses que le monde peine encore à concrétiser. Nous fabriquons des preuves de ce que l'économie peut être. Nous ne nous contentons pas de rêver à une autre économie, nous la façonnons concrètement. Chaque coopérative qui délibère, chaque association qui aide et soutient, chaque entreprise d'insertion qui ouvre une porte est un résultat concret. Réel. Reproductible.
Parce que l'économie sociale n'est pas neutre, nous désignons ce qui doit être combattu : ce qui hypothèque l'avenir, ce qui creuse les inégalités, ce qui menace l'Etat de droit et ronge les fondements du vivre ensemble. Ces maux ont des noms : illibéralisme, capitalisme, sexisme, racisme…. Ce que l'humanité a bâti, elle peut le défaire et le transformer. D'autres systèmes sont possibles et nécessaires.
Nous cherchons dans ce qui existe déjà les prémices de ce qui pourrait advenir. Nous formulons une conviction que nous mettons à l'œuvre. Une économie où la propriété peut être collective et au service de la communauté, la gouvernance partagée et la valeur redistribuée. Dans les structures d'économie sociale, décider ensemble fait partie intégrante du travail et produire ne signifie jamais exclure ou aliéner. Si c'est possible ici, c'est possible partout : que l'économie serve plutôt qu'elle ne se serve, que les besoins sociaux et environnementaux dictent les contours de l'économie, et non l'inverse. Sans une remise en cause profonde des structures économiques actuelles, tout le reste ne serait que de simples ajustements, des aménagements temporaires. C'est ce qui fait la différence entre réparer et refonder. Car exister sans déranger ne suffit pas. Nos pratiques et nos mots peuvent être intégrés et récupérés sans toucher aux fondements. Nous devons sans cesse nous interroger : changeons-nous les mécanismes ou seulement leurs effets ?
Ce que nous visons est à la fois simple à dire et difficile à construire : une transformation sociale effective, une économie qui devient un outil d'égalité, une émancipation qui n'est pas un privilège mais une promesse tenue pour toutes et tous, ici et ailleurs. Transformer socialement, c'est cela. Ce n'est ni renverser d'un coup ni réformer à la marge. Nous construisons patiemment des alternatives qui changent les règles du jeu en offrant une place et une reconnaissance à celles et ceux qui en sont habituellement exclus, en refondant les rapports entre l'individu et le collectif, entre le capital et le travail. Ce ne sont pas des utopies en attente. Elles sont tangibles. Et les preuves, accumulées, finissent un jour par modifier ce qui semblait figé.
Ces preuves ne suffisent pas à elles seules. Elles doivent essaimer, se relier, peser. Ce qui fonctionne dans une coopérative, une association, une entreprise doit inspirer un territoire et, de là, modifier les règles. Du projet à l'écosystème, de l'écosystème à ce qui régit l'économie tout entière, ce chemin ne peut se faire seul. Les acteurs et actrices de l'économie sociale doivent converger, coordonner leurs forces, porter ensemble une vision de ce que l'économie pourrait être tout en cherchant à inspirer et coconstruire des politiques publiques. C'est à ces conditions que ces initiatives deviennent force de transformation, c’est à ces conditions que l’économie sociale deviendra un mouvement social transformateur.
Ce que nous formulons existe déjà. Notre engagement est de relier, d'amplifier, de rendre inévitable. Faites partie de l'expérience. Ensemble, faisons du possible une évidence !