EDITO – Soutenir l’emploi ou saboter l’insertion?

Edito#53 Insertion

Vraie question: si l’objectif est de remettre les personnes au travail, pourquoi affaiblir les organismes qui les accompagnent? Pourquoi supprimer des dispositifs qui permettent à des milliers de personnes de retrouver une place dans la société?

 

Quelqu’un peut-il m’expliquer? Le gouvernement Arizona a voté la limitation dans le temps des allocations de chômage. Il dit que c’est pour booster l’emploi et remettre les personnes au travail afin d’augmenter le taux d’emploi. Nous avons déjà dit avec SAW-B combien nous sommes en désaccord avec cette proposition, mais le propos ici n’est pas celui-là.

Nous avons donc un pourcentage de la population qui n’a pas un emploi, en tout cas pas un emploi stable qui permet d’ouvrir un droit au chômage sur base des jours prestés. Parmi ces personnes, un certain nombre est considéré comme « très éloigné » de l’emploi parce qu’elles n’ont pas travaillé depuis longtemps, parce qu’elles n’ont pas les qualifications requises pour les emplois disponibles, parce qu’elles ne correspondent pas aux attentes des employeurs… Les raisons sont multiples et variées mais c’est un fait que nul ne semble contester. Il est donc essentiel de trouver des solutions pour ces personnes si on veut qu’elles retrouvent un emploi, ce qui est un objectif affiché et proclamé par les différents gouvernements.

Une part de ces exclu.es du chômage pourra prétendre au revenu d’intégration, mais n’épiloguons pas aujourd’hui sur le fait que c’est peut-être délibéré de faire porter la charge de ces personnes aux communes, ne serait-ce que pour faire baisser le taux de chômage. Il y aura donc un report de charge, partiellement compensé, mais les conditions d’octroi du RIS ne permettront pas à tout le monde d’y avoir accès.

 

Bref, mon incompréhension intellectuelle est ailleurs.

Si l’objectif est d’augmenter le taux d’emploi, tout gouvernement choisirait de mettre le paquet sur les organismes qui facilitent, soutiennent et promeuvent une remise à l’emploi, surtout pour les publics plus fragilisés. Il choisirait également de renforcer les politiques d’emploi, pour surtout faire en sorte que celles et ceux qui ont un emploi puissent le garder. Enfin, il aurait une politique volontariste pour stimuler la création d’emploi via par exemple une politique économique et industrielle forte. Ce sont des approches qui semblent logiques, bien qu’en fonction de certaines idéologies on peut faire pencher la balance plus dans un sens ou dans l’autre.

Sur base de tous ces éléments, je ne comprends pas les intentions du gouvernement wallon quand il s’attaque avec force et célérité à tous les organismes et dispositifs qui encouragent la remise ou le maintien de l’emploi. Entre les attaques sur les APE, une première diminution des moyens des structures d’insertion, le gouvernement choisit de renforcer ses attaques en exprimant son souhait de supprimer l’aide à l’emploi SINE au 1er janvier. 3500 personnes, très éloignées de l’emploi, travaillent grâce à ce dispositif. Sans cette aide, elles vont perdre leur emploi et retrouver le chemin du CPAS. Parallèlement, le gouvernement wallon envisage la fermeture de formations dans les CISP qui n’auraient pas atteints les chiffres demandés. Pour déterminer cette liste, le gouvernement s’appuierait sur une seule année même si ces formations durent plus d’un an, qu’il y a eu dérogation pour ne pas les organiser pendant l’année de référence ou qu’elles sont proposées tous les deux ans.

 

Comment comprendre le choix de détricoter tout ce qui ressemble de près ou de loin à des soutiens à l’emploi de la part d’un gouvernement qui a fait de la remise à l’emploi un de ces grands projets?

C’est encore plus incompréhensible quand on attend toujours un quelconque plan pour booster l’économie, pour renforcer le tissu industriel, pour créer de l’emploi.

Tout concoure à penser qu’on ne créé pas de l’emploi d’un coup de baguette magique et que plus on est éloigné de l’emploi plus on a besoin d’aide pour y retrouver une place, pourtant, ça semble la seule formule du gouvernement wallon. C’est vrai que les magiciens ne dévoilent jamais leurs trucs et la machinerie derrière leurs tours. Et si le gouvernement wallon ne mise pas sur la magie, comment comptent-ils soutenir, maintenir et créer de l’emploi en ne laissant personne au bord du chemin?

Si vous avez la réponse à cette question, vous pouvez m’écrire à l’adresse j.clotuche@saw-b.be. Je promets de lire vos explications avec la meilleure ouverture possible.

 

Sinon, demandons des explications et exigeons des réponses sur les intentions du gouvernement pour ne pas regarder nos emplois disparaitre sous nos pieds et ne pas devoir vivre dans une société où la pauvreté et l’exclusion remplacerait la solidarité et l’inclusion.

 

Joanne Clotuche – j.clotuche[@]saw-b.be

©intricate-explorer pour Unsplash.

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