EDITO – Le sexisme est aussi présent en économie sociale ! Et ce n’est pas acceptable.
Beaucoup de femmes, une majorité de femmes, toutes les femmes peut-être, sont confrontées sur leur lieu de travail à un moment donné de leur carrière à des propos, des comportements et parfois même des agressions sexistes et sexuelles. Un maquillage trop flagrant, un décolleté trop plongeant, une jupe trop courte, un pantalon trop moulant, des talons trop hauts, nos tenues sont l’objet de commentaires. Un responsable qui s’approprie notre travail, un collègue qui nous explique comment accomplir des tâches qu’on connait mieux que lui, un client qui exige de parler à UN supérieur. Renvoyée à notre genre de manière parcellaire ou fréquente, nous devons gérer, en plus de notre travail, les attitudes et paroles sexistes de notre entourage professionnel ou, en tout cas, nous y préparer. Nous sommes nombreuses à intégrer ce risque dans nos petites et grandes décisions professionnelles: de nos tenues à notre posture, de nos propos à nos rencontres avec des clients.
Il n’y a pas encore eu de #metoo en économie sociale, pas de #balancetonESS, mais ce n’est pas pour autant que le problème n’existe pas dans nos structures. Nous ne sommes pas un ilot préservé et c’est une réalité que nous ne pouvons accepter. Des propos et comportements sexistes sont en totale contradiction avec les valeurs de l’économie sociale. Ce n’est pas un problème banal que nous pouvons traiter un jour par an, dans les dix dernières minutes d’une réunion ou confier à une personne (presque toujours une femme) comme si ce n’était pas un problème structurel qui nécessite des décisions collectives et une implication de toutes et tous.
À la demande d’un collectif, nous avons mené une enquête sur les questions de genre auprès de 150 travailleuses de l’ES. Résultat : une femme sur trois déclare faire face à des comportements inappropriés sur son lieu de travail. Violence verbale et sexuelle, discriminations croisées (racisme, validisme, classisme…), propos sexistes, harcèlement… venant de collègues, de clients et/ou de supérieurs hiérarchiques. Dans leur emploi actuel, près d’un tiers des répondantes indiquent que leur genre a des conséquences. Le sexisme est souvent diffus, plus présent dans les interactions quotidiennes (clients, collègues, partenaires) que dans les politiques formelles de l’entreprise. Les femmes doivent souvent prouver davantage, malgré des compétences égales ou supérieures. Le soutien collectif féminin est un levier important de résilience, mais il ne compense pas toujours les dynamiques de pouvoir plus larges. Les hommes qui se disent « déconstruits » peuvent aussi perpétuer des comportements sexistes de manière insidieuse.
Cette réalité protéiforme nécessite des réponses variées et multiples. Les femmes formulent d’ailleurs des propositions concrètes pour faire évoluer la situation:
- Sensibiliser aux biais de genre, aux micro-agressions, au racisme…
- Avoir des référents égalité, binômes H-F dans les postes de direction, stabilité professionnelle pour réduire l’insécurité sociale et économique.
- Former les managers.
- Favoriser la parité dans les équipes.
- Mettre en place des espaces de parole, de partages d’expériences, des protocoles de médiation.
- Sensibiliser en interne mais aussi les clients/bénéficiaires/usagers.
- Et aussi agir à un niveau systémique par le renforcement de la justice réparatrice, des réformes éducatives et de l’égalité dès l’enfance.
Le rapport complet de cette enquête menée par Credal, Coopcity, Concertes, Aleap et SAW-B est disponible sur ici. Ce travail ne commence pas avec ce rapport et ne s’y arrête pas non plus. Nous avons déjà décidé de poursuivre la réflexion et les actions pour faire bouger les lignes et, surtout, pour offrir aux femmes un environnement de travail sûr et enrichissant pour toutes.
Nous n’y arriverons que si chaque acteur de l’économie sociale, chaque structure, de son organe d’administration à ses travailleurs, de sa direction à ses clients se saisit de cette question le 8 mars et tous les autres jours de l’année.
Pour aller plus loin.
Découvrez les projets et activités déployés par l’économie sociale:
- Arpentage à la demande autour du livre « En finir avec le sexisme dans nos entreprises » https://saw-b.be/2023/03/06/lecture-collective-2023liege-pour-en-finir-avec-le-sexisme-dans-nos-entreprises/
- Notre analyse « Combattre les inégalités de genre dans l’économie sociale » https://saw-b.be/publication/combattre-les-inegalites-de-genre-dans-leconomie-sociale-par-ou-commencer/
- Le projet Capse pour favoriser la parité dans les organes de décision en ES https://capse-project.eu/
- Le guide de l’EWETA pour réduire les violences de genre https://eweta.be/leweta-publie-un-nouveau-guide-pour-renforcer-la-prevention-des-violences-de-genre/
- Le rapport de l’enquête commanditée par Crédal sur « le genre, angle mort de l’économie sociale » https://www.credal.be/storage/1833/Rapport-Genre-ES-Elodie-Dessy-CREDAL-mis-en-page-BAT.pdf
- …
Joanne Clotuche – j.clotuche[@]saw-b.be
©Photo de Tima Miroshnichenko pour Pexels.
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