INTERVIEW – La Ligue des familles – Faire du quotidien des parents un enjeu politique
Derrière chaque question de garde d’enfants, de séparation ou de congé parental se cache une réalité plus large : celle d’un système qui façonne — ou fragilise — la vie des familles. À la Ligue des familles, ces réalités deviennent des combats collectifs. Rencontre avec Madeleine Guyot & Lola Galer qui nous partagent leur regard et leur engagement sur ces enjeux essentiels.
Qui sont-elles ?
Lola Galer est coordinatrice du projet Allo Info Parents. Juriste de formation, ancienne avocate, elle s’est progressivement orientée vers les politiques publiques liées à la parentalité. Après un passage au service Etudes et actions politiques de la Ligue des Familles, elle a pris en charge le développement de ce nouveau service destiné à répondre concrètement aux questions des parents.
« Je voulais travailler sur les inégalités liées à la parentalité, notamment entre femmes et hommes. À la Ligue, j’ai trouvé un espace où ces enjeux sont centraux, avec un impact direct sur les familles. »

Madeleine Guyot est directrice de la Ligue des familles depuis environ trois ans. Formée en journalisme, elle a construit son parcours dans l’éducation aux médias, l’aide à la jeunesse et la défense des droits de l’enfant. Elle a notamment travaillé sur les questions de pauvreté et d’inégalités envers les enfants avant de rejoindre la Ligue pour agir plus directement sur les conditions de vie des parents, et donc des enfants.
« Ce qui m’a toujours guidée, c’est l’envie d’agir contre les injustices qui touchent les enfants et les familles. À la Ligue, j’ai retrouvé cette dimension politique et collective. »
Une organisation qui évolue avec les familles
Comment définiriez-vous la Ligue des familles aujourd’hui?
M.G. : La Ligue des familles est une organisation centenaire, née en 1921 pour défendre les familles nombreuses, notamment sur l’accès au logement. Mais elle a profondément évolué avec la société: aujourd’hui, elle s’adresse à toutes les formes de parentalité, dans une approche pluraliste. Sa mission reste la même: défendre les parents, mais aussi les informer, les outiller et les mobiliser.
On agit à plusieurs niveaux : le plaidoyer politique, l’éducation permanente pour renforcer la capacité d’agir des parents, mais aussi toute une série d’actions et de projets ancrés dans le réel, avec une forte dimension citoyenne. Ce lien au terrain est essentiel pour nourrir notre action.
L.G. : Ce qui caractérise aussi la Ligue, c’est sa capacité à être utile très concrètement aux parents. On propose des services qui répondent directement à leurs besoins : Allo Info Parents, Extra-Sitting pour les enfants en situation de handicap, des ateliers, mais aussi tout un ensemble d’avantages liés à l’affiliation.
Être membre, c’est aussi avoir accès à de l’information de qualité, notamment via Le Ligueur, qui décrypte les enjeux de société à partir du vécu des familles. Il y a également des réductions et avantages concrets — par exemple sur les transports comme à la TEC — qui soutiennent le pouvoir d’achat. Avec près de 25 000 membres, cette base nous permet aussi de rester indépendants et de porter une parole forte dans le débat public.
Innover avec l’économie sociale
Vous avez récemment développé le service Allo Info Parents avec l’accompagnement de SAW-B dans le cadre d’un programme Innovate de Coopcity. Qu’est-ce que cela vous a apporté?
M.G. : Lancer un nouveau service, c’est toujours un moment délicat, surtout dans une logique d’innovation sociale où les risques sont réels. On avait besoin d’un regard extérieur pour structurer notre démarche, vérifier l’articulation avec nos services existants et aligner les visions en interne. SAW-B a joué ce rôle de tiers indépendant, en nous apportant une méthodologie claire et un cadre pour poser les bonnes questions et assumer nos choix.
L.G. : L’accompagnement nous a permis de partir d’une intuition pour aller jusqu’à un service opérationnel. On a pu valider le besoin social auprès des parents, tester la viabilité, réfléchir à notre organisation et à notre positionnement. C’était vraiment comme créer une start-up au sein de la Ligue, mais en restant aligné·es avec nos valeurs et notre mission.
Allo Info Parents : répondre à la complexité du quotidien
Pouvez-vous nous présenter votre nouveau service « Allo Info Parents »?
L.G. : C’est un service qui répond aux questions concrètes des parents : congés familiaux, séparation, fiscalité, succession… L’information est souvent très complexe et dispersée. Nous, on la centralise et on la rend accessible. Le service fonctionne par téléphone, mail ou rendez-vous, avec un suivi personnalisé. Après chaque contact, on envoie un résumé et des outils pratiques: check-lists, tableaux, explications… Les résultats sont déjà significatifs : en six mois, on a eu près de 500 contacts. Les parents apprécient surtout la rapidité, l’écoute et la clarté des réponses.
M.G. : Ce service renforce aussi notre position d’expert. Et il nous permet de rester indépendants, sans dépendre uniquement de financements publics.
L.G. : Le service agit aussi comme un baromètre. Les questions récurrentes nourrissent nos analyses et notre travail politique.
M.G. : L’enjeu, c’est de faire comprendre que ces difficultés ne sont pas des échecs personnels. Elles sont liées à des choix politiques.
Des réformes aux effets en cascade
Quelles sont les mesures les plus problématiques pour les familles aujourd’hui ?
M.G. : Les réformes touchent les parents à tous les niveaux: chômage, pensions, congés familiaux… Il y a une logique d’austérité qui fragilise les familles.
L.G. : On le voit notamment pour les parents solos, les aidants proches ou les femmes, qui sont particulièrement impactées.
M.G. : Par exemple, la réforme du chômage ne tient pas compte des réalités des aidants proches. On assiste au durcissement du statut de cohabitant et à la réduction des allocations pour les jeunes. Et les évolutions des pensions pénalisent celles et ceux qui ont interrompu leur carrière pour s’occuper des enfants. On ajoute de la précarité à des situations déjà fragiles !
Du quotidien des familles à un enjeu politique
À partir de votre travail de terrain et de plaidoyer, comment transformez-vous les réalités vécues par les parents en levier d’action politique?
M.G. : On est en veille permanente sur toutes les politiques qui touchent les parents. Notre service études analyse les mesures et leurs impacts, ce qui nous permet de réagir rapidement et d’interpeller les décideurs. On est consulté·es, on participe à des tables de concertation, on rencontre des ministres ou des parlementaires… Notre rôle, c’est de porter une vision globale des réalités parentales dans ces espaces.
L.G. : Notre plaidoyer s’appuie sur le terrain: le baromètre des parents, les enquêtes, mais aussi Allo Info Parents, qui agit comme un révélateur.
M.G. : Les parents doivent prendre conscience que leurs réalités sont profondément politiques. Des choix perçus comme individuels, comme réduire son temps de travail ou prendre un congé parental, ont en réalité des conséquences structurelles, notamment pour les femmes, sur les carrières et les pensions. Rendre visibles ces mécanismes permet de transformer des situations personnelles en enjeux collectifs, ce qui est la première étape pour les faire évoluer.
Pour en savoir plus: visitez leur site internet.
Par Mathilde Jacquet.
Partagez :







