INTERVIEW – Social Economy Europe: étendard européen de l’économie sociale.
Social Economy Europe fédère les différentes familles de l’Economie sociale. Au départ réunissant associations, coopératives, fondations et mutuelles pour parler d’une seule voix au niveau européen et faire la liaison avec les institutions européennes, le réseau s’est aujourd’hui élargi. Quels sont les challenges à l’approche du Forum mondial de l’économie sociale à Bordeaux? Rencontre avec Sarah de Heusch, directrice de Social Economy Europe.
Qu’est-ce que Social Economy Europe?
Social Economy Europe (SEE) fédère les différentes familles de l’économie sociale. A la base, l’objectif est d’avoir autour de la table les associations, les coopératives, les fondations, les mutuelles pour parler d’une seule voix au niveau européen et faire la liaison avec les institutions européennes. On organise conjointement des prises de position, des actions et on fait du lobbying au niveau européen pour l’économie sociale et solidaire. Avec le temps, le réseau s’est un peu élargi, au-delà des familles de l’économie sociale, pour intégrer des associations nationales ou régionales qui fédèrent l’économie sociale comme Concertes. Il y a également des réseaux plus européens. Pour en citer deux, nous avons REVES, Réseau Européen des Villes et Régions de l’Economie Sociale, ou CECOP, confédération européenne des coopératives de travailleurs dans l’industrie et les services.
SEE couvre toute l’Europe mais le niveau de développement et/ou d’implémentation de l’ESS dans les différents pays varie. Il n’y a pas de coupole régionale ou nationale dans tous les pays. C’est le cas notamment dans une grande partie des pays de l’Europe de l’Est ou dans les pays scandinaves. Il peut y avoir beaucoup d’organisations et d’entreprises d’économie sociale, sans une coupole représentative. Le sentiment d’appartenance au concept d’économie sociale n’est pas uniforme, le terme ne fonctionne pas partout.
Qui es-tu, Sarah ? Peux-tu nous parler de ton parcours?
J’ai d’abord travaillé pour un réseau d’universités, Unica. Ensuite, j’ai rejoint Smart pendant 15 ans. Ce qui m’a permis de voir leur évolution, la vivre et y participer. Quand je suis arrivée, c’était une ASBL pour les artistes et quand je suis partie, c’était une coopérative ouverte à tous les freelances, dans tous les secteurs d’activité, active dans différents pays européens. Une sacrée aventure où mon rôle était de développer des partenariats à l’international : identifier des partenaires, nous inscrire dans des réseaux thématiques importants au niveau européen, travailler avec des chercheurs et faire du plaidoyer. Cette expérience m’a fait connaître au niveau européen et m’a permis de bifurquer vers Social Economy Europe, où je travaille depuis un peu plus de 2 ans maintenant.
Sarah, quel est ton rôle en tant que directrice de SEE? Ton travail au quotidien, c’est quoi?
Quand je suis arrivée, le réseau avait déjà un grand prestige au niveau européen, bien établi, mais qui était aussi dans une phase de croissance assez importante, qui nécessitait de renouveler la gouvernance. Ma première tâche a été de retravailler la gouvernance du réseau. Nous avons réorganisé les organes internes en créant par exemple le nouveau comité exécutif, mais nous avons aussi déployé des groupes de travail thématiques avec plus d’implication des membres à différents niveaux sur différents sujets et prises de position.
Notre travail quotidien colle à l’agenda européen. En un peu plus de deux ans, les choses ont bien bougé. Nous avons fait un plaidoyer dans le cadre des élections européennes et défini notre mémorandum. Nous avions trois objectifs : s’assurer d’avoir un ou une commissaire au moins en charge de l’économie sociale au niveau de la Commission européenne, renouveler l’intergroupe d’économie sociale et tout ça pour continuer à implémenter le plan d’action pour l’économie sociale adopté en 2021 et qui s’écoule jusqu’en 2030. C’était une année principalement de lobbying pour s’assurer que l’économie sociale soit bien ancrée dans les institutions cadres de l’UE.
Qu’est-ce que c’est les intergroupes?
Les intergroupes sont des groupements non officiels de députés travaillant sur un sujet particulier, qui n’est pas nécessairement du ressort du Parlement européen, mais qui peut intéresser la société dans son ensemble. Les intergroupes organisent des débats informels et promeuvent les échanges entre les députés européens et la société civile.
La Conférence des présidents a établi des conditions pour la création d’intergroupes: ils sont formés au début de chaque législature, la demande doit être signée par au moins trois groupes politiques et il est nécessaire de fournir une déclaration annuelle d’intérêts financiers. Les groupes politiques peuvent fournir un soutien logistique aux intergroupes qui remplissent ces conditions.
Il y avait 27 places pour cette législature et près de 200 demandes. Il y a des groupes qui font des demandes et qui ont des moyens bien plus élevés pour faire du lobbying. Il faut le soutien de 3 groupes politiques et des signatures d’au moins 80 députés, ça fait quand même 10% de l’hémicycle. Et chaque groupe politique peut apporter son soutien à un nombre déterminé d’intergroupes en fonction de son poids politique. L’intergroupe ES a dû fusionner avec l’intergroupe des services d’intérêt général.
La nouvelle commission est mise en place suite aux élections et nous sommes sollicités pour donner notre avis sur une multitude de sujets. Ce qui change, c’est que les priorités de la Commission ont changé. Nous avons eu des mobilisations fortes, liées au fait que la DG Grow, celle qui s’occupe du marché intérieur, a décidé de se défaire de son unité d’économie sociale. C’est une grosse bataille parce que cela signifie qu’un des socles du plan d’action de l’économie sociale n’est plus là. Ce plan d’action a été bâti sur deux piliers : un qui repose sur l’Europe sociale portée par la DG Emploi et sa commissaire et, de l’autre côté, tout ce qui est industrie, marché unique, développement économique qui était porté par la DG Grow et son commissaire. Dans la Commission précédente, les deux commissaires portaient ensemble ce plan d’action, ce qui lui a donné beaucoup, d’impacts et des moyens.
2025 n’est pas 2021, le monde a changé. Il y a une priorisation sur la défense et la compétitivité qui se fait à défaut de toutes les autres politiques, en particulier des politiques sociales, même si nous avons une commissaire qui se bat pour que son portefeuille soit haut dans les priorités mais c’est compliqué. Nous avons des arguments, nous sommes dans tous les secteurs, on répond aux enjeux européens mais nous ne sommes pas considérés comme un acteur sérieux pour la compétitivité et les politiques économiques européennes. Et ça, c’est parce que aussi en grande partie, on applique encore des recettes économiques dépassées qui donnent plus de poids aux grands joueurs plutôt qu’à l’économie réelle.
Peux-tu nous parler de l’actu chaude de SEE? Qu’est-ce qui vous occupe ces jours-ci?
La semaine du 15 septembre, nous avons organisé ‘Le sommet européen de l’économie sociale’ à Murcia qui est cette année la capitale espagnole de l’économie sociale. Cette grande conférence a déployé différents événements avec une réunion de l’intergroupe, une conférence avec des institutions européennes allant de la Commission au Comité économique et social européen, au Comité des régions et des réseaux de l’ESS, des chercheurs et on a accueilli la commissaire Minzatu qui a en charge l’Economie sociale. Nous avons aussi organisé un gala où sont remis les prix de l’économie sociale européenne. Il y avait trois belges parmi les candidats : la Région wallonne, Brupower et le Community land and trust de Bruxelles. Le SPW économie, emploi et recherche a d’ailleurs reçu le deuxième prix pour la catégorie « Local Government Quality Social Economy Action Plans » pour sa stratégie régionale Alternativ’ES Wallonia.
Le SPW Economie, Emploi, Recherche récompensé pour sa stratégie d’économie sociale à Murcie
Dans nos prochains rendez-vous, il y a bien sûr le GSEF, le forum mondial de l’économie sociale qui se déroule fin octobre à Bordeaux. Nous pourrons poursuivre les échanges entamés à Murcie sur la place et le rôle que peut jouer l’économie sociale: doit-elle rester une économie différente qui existe, dans le monde dans lequel on est, ou est-ce qu’elle se doit être un mouvement qui porte des valeurs et un contre discours par rapport aux propos haineux, antisociaux et antidémocratiques qu’on subit actuellement?
SAW-B sera aussi présent au GSEF et prendra la parole à plusieurs reprises sur l’industrialisation de l’Economie sociale et solidaire, son rôle politique et sur l’évaluation de l’impact social.
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Le SPW Economie, Emploi, Recherche récompensé pour sa stratégie d’économie sociale à Murcie


