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SeaCoop – L’éolien aux mains des citoyens.

Eoliennes en mer du Nord

Enfin les vacances! Direction la mer du Nord pour certain·es d’entre nous! Mais au fait, ces éoliennes au loin dans la mer, à qui appartiennent-elles? Où va l’énergie? Et finalement, nous, citoyen·nes belges, comment pouvons-nous garder la main dessus?Fabrice Collignon nous en dit plus et nous parle de SeaCoop, la coopérative d’énergie renouvelable belge. C’est parti pour notre interview du mois, haute en énergie… renouvelable et citoyenne!

 

 Qui est Fabrice Collignon?
«Liégeois, coopérateur et créateur de coopératives multirécidiviste!», voici comment Fabrice se décrit! Mu par une volonté de mettre en place des alternatives au système capitaliste, Fabrice fait partie des gens qui façonnent un meilleur avenir, au travers de solutions locales concrètes. De la création de Vin de liège à SeaCoop… finalement, c’est juste un changement d’échelle!«Je faisais déjà partie d’un groupe de travail formé par des membres de REScoop Wallonie et Vlaanderen qui réfléchissait à l’éolien en mer du Nord. Je suis aussi devenu coordinateur de REScoop Wallonie[1]

 

«SeaCoop»: la coopérative de la mer?

logo seacoopTrente-quatre coopératives citoyennes en énergie renouvelable, wallonnes, flamandes et bruxelloises, se sont associées pour créer SeaCoop, la coopérative belge qui souhaite être active dans le parc éolien en mer du Nord. Comment cette communauté a-t-elle vu le jour ? Et pourquoi ?

«En 2019, un groupe de travail formé par des membres des REScoop Wallonie et Vlaanderen réfléchissait déjà à l’éolien offshore. Les possibilités de construction d’éoliennes sur terre sont limitées et pas toujours évidentes. Il y a des recours, des oppositions, des délais jusqu’à 10 ans pour obtenir des permis… Un moyen pour élargir notre impact et production est l’éolien en mer.» 

«Un futur marché éolien en mer du Nord allait voir le jour. La zone à pourvoir est la zone Princesse Elisabeth, avec une capacité de production de 3,5 GIGAWATT, une zone internationale dont la Belgique a obtenu une concession. A la connaissance de ce marché et avec la volonté de participer à la transition énergétique à grande échelle, nous avons décidé de créer SeaCoop, une coopérative nationale, en avril 2022, avec 34 coopératives citoyennes[2]Le but de SeaCoop est de prendre une participation de 20% dans ce nouveau parc éolien maritime.

Zone éoline en mer du Nord. Implantation prévue en pointillés. ©RBIN

L’énergie éolienne en mer aux mains des citoyens.

«Les citoyens ont payé par la surtaxe de leur facture énergétique les certificats octroyés par l’Etat aux promoteurs des premiers parcs éoliens en Mer du Nord. Nous souhaitions que l’énergie reste aux mains des citoyens. Nous voulions en être propriétaires, non pas pour faire du profit, mais pour devenir maître de nos énergies et créer plus d’énergie renouvelable.»

Cela fait sens, car, finalement, «le vent est un bien commun qui doit rester aux bénéfices de toutes et tous.»[3] D’ailleurs, à qui appartiennent les parcs éoliens actuellement opérationnels en mer du Nord et où va l’électricité produite? «Ils sont aux mains de groupes industriels belges, hollandais, japonais, d’intercommunales belges…»

La production serait donc aux mains des citoyens, et l’acheminement vers les ménages et PME de notre pays se ferait par l’intermédiaire des fournisseurs coopératifs COCITER et Ecopower.

 

Un projet ambitieux.

«Nous avons eu comme question: « En serez-vous capables, vous, les coopératives locales? » Nous avons montré que oui!
1/ Nous nous sommes structurés en une coopérative: SeaCoop, pour nous donner les moyens de rentrer collectivement dans ce projet.
2/ Et nous avons atteint un total de 450 millions d’euros d’ambitions! Nous avons demandé à chaque coopérative citoyenne quelle était son ambition d’investissement jusque 2020-2035, par palier de 5 millions d’euros. Les coopératives nous ont montré qu’elles étaient capables d’aller chercher cet argent!»

 

Envie citoyenne mais aussi… politique.

Fin de cette année, il va y avoir un appel d’offres pour le développement de la zone éolienne Princesse Elizabeth. Un arrêté royal va être officialisé dans les prochains jours. On voit ici que le changement arrive aussi par des décisions politiques!

«Le politique se rend compte que la transition énergétique, c’est aussi l’affaire des citoyens. Ils ont envie de les impliquer. La participation au travers des coopératives a un impact sur l’acceptation de cette transition énergétique.[4]»

«En Europe, plus d’1 million de citoyens font partie des REScoop. La participation citoyenne dans les énergies renouvelables est reconnue comme utile et nécessaire. Nous avons opéré un gros travail de sensibilisation des politiques pour convaincre le gouvernement fédéral de laisser une place aux citoyens dans les futurs parcs éoliens. Les clauses de sélection stipulent un apport financier citoyen de 1% minimum et un plan de participation citoyenne. Sans ces clauses, nous n’aurions jamais pu participer à l’appel d’offre, car ils n’ont pas besoin de nous pour développer un parc rentable…»

 

Quand l’économie sociale devient l’alliée de la transition énergétique.

Vous avez une expérience en énergie éolienne sur terre mais pas en mer. Comment allez-vous réaliser concrètement le parc éolien? «Pour la construction, nous allons nous associer avec des développeurs privés, industriels et financiers. Nous apporterons notre expertise en participation citoyenne[5]

Comment faites-vous pour travailler avec ces industriels capitalistes, en tant que coopérative d’économie sociale? «On a déjà eu des collaborations sur terre, avec Eneco, ELICIO, Luminus, entre autres… Ce n’est pas toujours facile car on a nos valeurs, notre volonté de plus-value sociétale, en plus de la rentabilité économique. Tandis que les autres partenaires visent essentiellement la plus-value financière. On se fait accompagner de consultants du secteur pour être à arme égale avec eux. Mais c’est un contrat WIN WIN: si on a un bon partenariat, ils ont plus de chances de remporter l’appel d’offre. Finalement, on a sorti le caillou de la chaussure pour devenir un atout!»

 

Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que vous remportiez l’appel d’offre!

[1] REScoop Wallonie fédère 20 coopératives wallonnes qui produisent de l’électricité en utilisant exclusivement des sources renouvelables: l’eau, le vent (éolien sur terre), le soleil et la biomasse. Ensemble, elles ont créé le fournisseur d’électricité coopératif COCITER dont les consommateurs sont propriétaires des outils de production et propriétaires de leur fournisseur. En Flandre, son équivalent est Ecopower.

[2] Brucoop les a rejoints juste après. SeaCoop est donc actuellement constituée de 34 coopératives: 20 flamandes, 13 wallonnes et 1 bruxelloise.

[3] https://seacoop.be

[4] Analyse de SAW-B : Les coopératives éoliennes industrielles: c’est du vent?

[5] SeaCoop est une coopérative agréée SCS et entreprise sociale. Ils sont dans les fondements de l’économie sociale, avec une participation directe. Les grandes et petites coopératives qui en font partie y participent sur un pied d’égalité.

Merci pour les photos:
Photo de Fabrice Collignon: © Dominique Houcmant – Goldo
Photo des éoliennes en mer: ©Fabrice Collignon
Plan d’implantation: ©RBIN

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