EDITO – Lettre ouverte aux actrices et acteurs de l’économie sociale en Belgique.

Edito SAW-B - ligne rouge pour Gaza

À nous, les bâtisseurs et bâtisseuses d’une économie au service des êtres humains,
À nous, coopératives, mutuelles, associations, entreprises de l’économie sociale,
À nous, les porteuses et porteurs d’un projet de société égalitaire,

 

Nous vous écrivons.
Il est des moments où le silence est insupportable.
Il est des moments où se taire revient à laisser l’innommable se produire.
Il est des moments où s’exprimer est la preuve de notre humanité.

 

À Gaza, l’indicible se répète chaque jour.
Un peuple tout entier subit une famine organisée, meurt sous les bombes, est expulsé de ses terres, de ses racines.
Un peuple pris au piège dans une tragédie qui porte un nom: génocide.
Même si elle est contestée par certains, cette accusation est étayée par des analyses de juristes spécialistes du droit international et par le regard de nombre d’intellectuels israéliens. Le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu une décision demandant à Israël d’empêcher d’éventuels actes de «génocide» et de «prendre des mesures immédiates» pour permettre la fourniture «de l’aide humanitaire à la population civile de Gaza».

 

Où en sommes-nous près de 600 jours plus tard? Pendant que les corps s’entassent, que les cris d’enfants résonnent dans les ruines, que des civils meurent de faim, les gouvernements d’Europe, y compris le nôtre, font si peu, hésitent, tergiversent, se taisent, menacent, exigent ou pire soutiennent, par leur inaction, l’impunité.

 

Les statuts des structures de l’économie sociale proclament la solidarité, la dignité humaine est à la base de nos valeurs, nous défendons le droit, l’égalité, l’inclusion.
L’économie sociale (ES) a le pouvoir et le devoir de parler.

 

Nous sommes plus qu’un secteur, qu’un employeur, qu’une somme d’entreprises.
L’ES, c’est un projet au service de l’intérêt général, une voix différente dans le tumulte des logiques marchandes.
Et cette voix manque aujourd’hui.
Nous n’avons pas besoin de condamnations violentes, mais d’un courage éthique, celui de nommer l’injustice, de s’élever contre l’impunité, de refuser d’être complices par omission.

 

Ce n’est pas notre rôle diront certains.
Mais comment défendre l’inclusion, la justice, l’égalité, la paix pour détourner le regard quand un peuple est affamé sous nos yeux? La cohérence n’est pas un luxe moral. Elle est la base de toute légitimité.

 

Nous vous appelons à prendre position publiquement, à interpeller nos gouvernements, à exiger un cessez-le-feu immédiat, à dénoncer les crimes, à refuser la banalisation du mal, à revendiquer le droit des Palestiniens à vivre sur leur terre, à réclamer le respect du droit international, à rappeler que leur vie vaut autant que la nôtre.

 

Nous n’appelons ni à la division, ni à la haine, mais à la clarté.
À l’engagement. À la fidélité à nos valeurs.
Prenons la parole.
Faisons résonner notre voix.
Donnons corps à nos principes.
Car si nous, économie sociale, ne le faisons pas, alors qui ?
Le moment est grave.
Mais il est encore temps d’honorer ce que nous sommes en faisant pression sur les gouvernements, seule arme des peuples pour atteindre la paix.
Et d’être, pour Gaza, ce que nous avons toujours voulu être pour le monde : un espace de justice, de courage et d’humanité.

 

Traçons ensemble une ligne rouge contre l’horreur!
Aucun résultat n’est garanti, mais ne rien faire garantit que rien ne changera. Et c’est une ombre sur ce que nous sommes, sur ce que nous défendons, sur ce en quoi nous croyons.

 

Joignons-nous à la voix de celles et ceux qui réclament une action forte de nos gouvernements.

 

Pour plus d’informations sur les revendications et les actions, vous pouvez notamment vous rendre sur le site du CNCD  et pour signer la pétition afin d’obtenir la reconnaissance d’un génocide par l’État belge, c’est ici.

 

Joanne Clotuche – j.clotuche[@]saw-b.be

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