EDITO – Des fissures qui font entrer la lumière.
Le doute, la vulnérabilité, les fragilités reconnues et assumées, c’est avec elles que nous voulons entamer cette année comme réponse à la performance, à la croissance, aux certitudes.
La violence des décisions qui aggravent la pauvreté et l’exclusion des personnes sans emploi, des malades… sans autres horizons que de quémander l’aide sociale, la charité ou de disparaitre des radars. L’accaparement des richesses des autres par la brutalité, au détriment de toutes les règles du droit international. La force et la puissance qui sont utilisées pour écraser, asservir ou, tout simplement, pour détruire. Toutes ces démonstrations de force, ces certitudes assénées ne sont pas, comme on a tendance à le croire, des preuves de puissance. Elles sont, au contraire, des aveux de faiblesse. Elles disent la peur. La peur de perdre le contrôle, la peur de l’autre, la peur du collectif.
SAW-B croit, au contraire, que la fragilité peut être une force.
Comme l’art japonais du kintsugi qui consiste à réparer les vases brisés avec de l’or pour sublimer les fissures, nous pensons que nos failles racontent une histoire. L’objet réparé est enjolivé comme nos cassures sont des brèches, des ouvertures vers la création et la transformation.
Nelson Mandela disait: « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends« . L’échec, l’erreur, les déconvenues sont un passage nécessaire pour l’apprentissage et la construction.
Quand on dit aux parents d’un enfant malade: « Il doit faire son immunité« . C’est parce qu’il tombe malade qu’il se renforce. Tomber, traverser, réparer, apprendre. Le corps, comme la société, se renforcent par l’expérience, non par le déni de ses fragilités.
Quand Olivier Hamant parle de robustesse, il valorise la résistance comme une de ses composantes parce que l’adaptabilité, sans cette résistance, est une soumission qui ne peut que provoquer des blocages.
Boris Cyrulnick, lorsqu’il popularise le concept de résilience, reconnait aussi à la résistance et à la riposte, un rôle qui précède la résilience. Elles permettent de traverser les épreuves, de marquer des limites, d’affronter la situation.
Les valeurs sont notre socle commun, ce que nous pouvons transmettre, au-delà des épreuves. Ce n’est pas la manière de tomber qui dit quelque chose de nous, mais notre capacité à nous relever. L’économie sociale, telle que nous la défendons à SAW-B, repose sur la solidarité plutôt que sur la compétition, sur la démocratie plutôt que sur l’autoritarisme, sur le partage plutôt que sur l’accaparement, sur la co-construction plutôt que sur l’imposition. Elle accepte l’incertitude, elle organise le débat, elle valorise l’intelligence collective.
En 2026, face à la peur des puissants, nous faisons le choix de la résistance, de la création, du partage. Nous vous souhaitons des fissures qui subliment, des doutes qui ouvrent aux autres, de la vulnérabilité qui invitent à réparer, à construire, à créer.
Joanne Clotuche – j.clotuche[@]saw-b.be
Et pour prolonger cette réflexion, laissez-vous porter par «Anthem» de Leonard Cohen, qui dit poétiquement « Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière. »
©mohammad-alizade pour Unsplash.
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