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Edito – S’allier ou ne pas s’allier ? SAW-B a décidé

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Le CEPAG (Centre d’éducation populaire André Genot) et Concertes, plate-forme de concertation des organisations représentatives de l’économie sociale en Belgique francophone, organisent le 16 et le 30 novembre un forum de rencontres sur le thème « Coopératives et syndicats : quelles approches communes ? ». L’annonce de l’ouverture d’une discussion comme ça réjouit. Mais le fait de s’en réjouir est en soi une déception. Oui, nous devons être déçu de nous-même que ce dialogue ait pu être rompu, ou en tout cas difficile. Economie sociale, action sociale, syndicats émergent des mêmes combats sociaux et ont d’abord, et avant tout, été des alliés dans la défense, le soutien et l’émancipation des travailleur·euses.

 

Il y a quelques années, SAW-B a proposé à une personne travaillant dans un syndicat de rejoindre son conseil d’administration. Nous trouvions que cela renforcerait nos contacts et favoriserait les échanges fructueux. Nous pensions que cette désignation serait approuvée par notre Assemblée Générale avec aisance mais nous nous trompions. La personne a été élue mais à une courte majorité. La place d’un syndicaliste au sein d’une fédération d’entreprises d’économie sociale n’était pas jugée par certain-es comme pertinente. Une fausse note qui n’a probablement pas facilité l’intégration et qui n’a pas favorisé une collaboration qui s’inscrive dans le temps. C’est décevant. Encore.

Si cette difficulté est apparue, elle n’est pas isolée. Le dialogue avec des acteurs de l’action sociale ne se fait pas toujours avec autant de simplicité que nous le souhaiterions. Quand on sait qu’en France on parle d’économie sociale et solidaire, intégrant davantage les acteurs de l’action sociale, nous pouvons une nouvelle fois être déçus.

On peut aussi penser aux mobilisations pour le climat comme la manifestation du 10 octobre à Bruxelles. Plusieurs membres de l’équipe de SAW-B étaient présents et nous avons rencontré de nombreuses personnes actives, comme nous, dans l’économie sociale. Mais nous n’avons vu aucun groupe ou drapeau (peut-être y en avait-il ?) représentant des acteurs économiques alternatifs, à l’exception de Financité. Pas d’entreprises sociales portant fièrement ses couleurs alors que le combat environnemental est au cœur de la démarche entrepreneuriale d’une foule d’entre elles. Pourquoi ?

En tant que fédération d’entreprises d’économie sociale, nous avons une responsabilité dans cette situation. On ne va pas s’auto-flageller mais on peut assumer les erreurs et admettre nos divergences de vues. Devons-nous en rester là et prendre pour acquis ce dés-engagement ?

Posons-nous plutôt la question : quelle est notre capacité d’alliance avec d’autres acteurs alternatifs, de contestation ou de solidarité ? Trouver la réponse à cette question nécessite d’en évoquer d’autres.

 

Pourquoi devrions-nous être alliés ?

L’histoire n’est pas une raison suffisante pour y répondre. Par contre, nous partageons des enjeux communs. Ceux-ci sont si nombreux que nous ne pouvons en dresser une liste exhaustive : émancipation, lutte contre les inégalités, intégration, lutte contre le réchauffement climatique, insertion, antiracisme, amélioration des conditions de travail et de vie, participation à la vie sociale, économique, culturelle, démocratique, construction de projets qui répondent aux besoins des populations…

 

Ces alliances seraient-elles profitables à tous ?

On pourrait prouver par A+B que chacun y trouverait des avantages, mais c’est d’abord et avant tout une question de conviction. Chacun des acteurs remplit un rôle essentiel face aux enjeux communs. On peut se dire qu’ils ne le font pas parfaitement, que des améliorations sont possibles, mais si on n’est pas convaincus de ce rôle essentiel, aucune alliance ne sera possible. Notre posture entrepreneuriale, le fait que nous assumions nos choix de construire des projets économiques pour proposer d’autres solutions aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, d’autres modèles d’entreprises semblent être un frein pour certain-es. Ces freins sont, à nos yeux, des opportunités pour discuter, échanger et pour faire mieux, ensemble.

 

Avons-nous besoin de ces alliances ?

Tout dépend à quel point chacun estime qu’il est capable d’atteindre ses objectifs ou de faire face à ces enjeux seuls. Il s’agit aussi de se demander si s’allier sur certains enjeux nous empêchent d’être en désaccord sur d’autres. Préférons-nous concentrer nos efforts sur ce qui nous lie ou ce qui nous divise?

 

Sommes-nous prêts à dialoguer et à construire ensemble ?

Pour SAW-B, la réponse est claire : OUI. Dans les prochains mois, nous espérons pouvoir creuser la question. Nous le souhaitons vivement et nous ouvrons officiellement la porte à plus de dialogue, à plus d’alliance. Et vous ?

 

Joanne Clotuche – j.clotuche[@]saw-b.be

 

 

©Mat Napo, Unsplash