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Circulacoop – la plateforme logistique qui manquait à la Ceinture alimentaire de Charleroi Métropole

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Créer une Ceinture alimentaire autour de Charleroi-Métropole, c’est bien. Disposer d’une plateforme logistique pour livrer les aliments bio locaux aux professionnels (magasins, cantines, groupements d’achat….), c’est mieux ! C’est à cet effet qu’a été créée Circulacoop en octobre 2020, un des résultats issus de la dynamique participative au sein de la Ceinture Alimentaire Charleroi-Métropole. Rencontre avec Philippe Billen, administrateur délégué à la gestion quotidienne de la coopérative.

 

Imaginez-vous que votre détaillant, la cantine scolaire de l’école de vos enfants ou encore le restaurant où vous prenez un repas, doivent parcourir des dizaines de kilomètres chaque semaine afin de pouvoir ensuite vous alimenter ? Devoir faire halte chez chaque producteur de fromage, dans plusieurs ateliers de découpe de viande, passer des coups de fil pour connaitre les heures de présence des maraîchers à leurs points de vente et les légumes disponibles… Si c’est le cas, ces professionnels ont peut-être toute votre admiration ! Si non, SAW-B tient à vous présenter un projet qui se construit pour éviter bien des déplacements aux uns et aux autres.

 

La plateforme logistique – une idée en gestation

« J’ai été contacté en 2018 par Stéphane Lejoly pour m’expliquer le projet de la Ceinture alimentaire Charleroi Métropole (CACM). J’ai adhéré au projet assez rapidement. Les dynamiques, le principe de concertation, tout cela me semblait à propos. Puis, en tant que commerçant et gérant d’un magasin bio à Philippeville, j’ai constaté une évolution dans la façon dont les gens consommaient. Dès lors, l’idée de mettre en place quelque chose de global sur le territoire m’a semblé intéressant par rapport à la production et à la consommation locale. C’était important de structurer la concertation sur le territoire sans que chacun fasse les choses de son côté ». Philippe a donc répondu présent aux réunions de mise en place de la CACM. Lors des échanges, l’idée de développer une plateforme logistique germait déjà : « Nous discutions de ce que nous voulions créer, de comment donner du sens à ce projet. Très vite est apparu le besoin de quelqu’un pour s’en occuper. Dans le passé, j’ai déjà fait de la logistique et de la production. J’avais donc une idée précise de comment gérer cette plateforme. Je voulais être actif, avoir un réel rôle dans la coopérative ».

 

Un chef d’orchestre aux plusieurs baguettes

Confinement après confinement, les choses ont pris plus de temps que prévu à se mettre en place. Ce n’est que fin 2020 que Philippe endosse officiellement le rôle d’administrateur délégué à la gestion quotidienne. « Mon rôle est avant tout opérationnel : comptabilité, ressources humaines, prospection, logistique. Mes journées sont divisées en plusieurs moments : vérifier les factures, encoder la comptabilité, m’occuper de la logistique pour nos clients mais aussi pour aller s’approvisionner en matières premières. Pour nous aider, nous avons fait l’acquisition de matériel comme une camionnette, une petite chambre froide, et nous avons engagé Mohamed Bardou, notre manutentionnaire qui s’occupe de faire les livraisons. Avec tout cela, je ne cite pas les choses essentielles comme la prospection commerciale pour dénicher de nouveaux producteurs et achalander notre catalogue. C’est beaucoup pour une seule personne mais le bon côté, c’est qu’aucune journée ne se ressemble et il faut apprendre à décrasser chaque petit grain de sable qui vient s’immiscer dans la machine ».

 


Philippe Billen – administrateur délégué à la gestion quotidienne 

Suite à sa formation d’agronome, Philippe a travaillé dans l’agroalimentaire jusqu’en 2009, avant de devenir indépendant. Il a repris un commerce de boulangerie et a ouvert un magasin bio à Philippeville en 2012. Philippe a été contacté en 2018 par Stéphane Lejoly, coordinateur de la Ceinture alimentaire de Charleroi pour lui expliquer le projet et sonder si, en tant que commerçant et gérant, cela l’intéressait de rejoindre le projet.

 


Ceinture alimentaire, Circulacoop
, quelle différence entre ces acteurs ?

« La Ceinture alimentaire couvre le territoire de Charleroi Métropole (30 communes). C’est un projet pour nourrir les habitants du territoire avec des produis locaux. Nous faisons participer les acteurs et actrices aux tables de concertation : chacun est amené à exprimer librement ses besoins, ses requêtes, ce qui marche ou pas. C’est lors de ces discussions qu’on s’est rendu compte qu’il manquait un outil logistique entre la production locale et les consommateurs locaux : une entité avec un statut juridique clair. C’est pourquoi, nous avons créé Circulacoop. Dans le nom, on entend « Circula » pour « circuler sur le territoire » et « Coop » pour coopérer. Circulacoop est un acteur à part entière de la CACM. Nous avons signé sa charte de valeurs. On s’inscrit donc dans la démarche et les idées et nous sommes conscients que le développement de l’un ne pourrait se faire sans le développement de l’autre. Nous travaillons main dans la main et nous resterons sur les principes des circuits-courts ».

 

Une phase test indispensable

Un certain laps de temps s’est écoulé entre la constitution de la coopérative devant le notaire (octobre 2020) et les premiers échanges commerciaux effectifs (en mars 2021). Mais que s’est-il passé entre-temps ? « Nous avons reçu la certification bio, nous avons fait en sorte d’être en ordre vis-à-vis de l’AFSCA, et nous avons mené quelques réunions stratégiques. Pendant ce temps, la plateforme était dans une phase de test supportée par les producteurs qui étaient parties prenantes. L’un a mis à disposition son numéro de TVA, l’autre s’occupait des transports avec sa camionnette et nous avions aussi un hub logistique à disposition. C’est grâce à tout cela que nous avons constaté que le projet pouvait fonctionner et que nous avons pu nous roder ».

 

Partenariats, prospection et collaborations

Lorsque nous abordons ces questions, Philippe prend quelques instants avant d’embrayer : « C’est une question assez complexe. D’une part, il y avait déjà des producteurs qui adhéraient au projet de la CACM et quelques magasins dans la boucle. D’autre part, il ne faut pas oublier que nous sommes un grossiste et donc nous nous adressons à une clientèle professionnelle divisée en 3 catégories : les magasins (détaillants), l’horeca, et les cuisines de collectivitéCe dernier client est assez important car il existe une volonté des décideurs d’amener de la nourriture plus saine dans les écoles, les homes, etc. (voir : Accueil | Greendealcantines). On vient aussi nous voir pour des conseils sur comment s’adresser à sa hiérarchie pour devenir une cantine durable. Il y a aussi des magasins qui viennent d’eux-mêmes car ils ont entendu parler de nous ».

 

Une adaptation quotidienne aux expériences de terrain

Philippe parle de « haute voltige » pour désigner la capacité d’adaptation dont Circulacoop doit faire preuve face à la multiplicité des acteurs qui composent la coopérative : « Quand on est en phase d’élaborer des stratégies, des modèles, on essaie de coller le plus possible à la réalité. Et parfois, on en est loin. Par exemple, nous avions mis en place un modèle qui permettait aux magasins de passer commande à des producteurs dans des plages horaires fixées. Toute une organisation était développée et fonctionnait très bien jusqu’au moment où les cantines scolaires sont entrées dans la danse. Là, nous avons constaté que le modèle n’allait plus du tout car les besoins de conditionnement sont différents de ceux en magasin. Dans un marché, on peut vendre des poireaux à la pièce, on sait qu’ils se trouvent dans des caisses bleues de 5kg. Pour une cantine, les commandes se font au poids. Nous avons dû rapidement adapter notre système informatique pour assurer les livraisons, parfois avec des bouts de ficelle. Ce n’est pas parfait ni définitif mais le système s’adapte de jour en jour. Circulacoop est là pour rendre service aux gens du territoire et pas imposer sa façon de travailler. Il faut qu’on soit souple et que chacun et chacune trouve un intérêt à travailler avec nous ».

 

Un enjeu : la reconnaissance

Philippe en est conscient : Circulacoop est encore un petit poucet dans le paysage des circuits-courts. Avec seulement quelques mois d’existence physique réelle, l’enjeu primordial est maintenant d’être connu et reconnu sur le territoire en tant que partenaire et assurer le développement de la coopérative de façon sereine : « Nous couvrons un grand territoire de 30 communes, avec 600 000 habitants et nous avons peu de moyens. Nous devons atteindre une certaine taille pour être rentable et générer une somme financière pour nous développer. Mais l’objectif n’est pas de devenir une plateforme centrale qui fera la pluie et le beau temps sur le territoire sans laisser de place aux autres. Pour grandir, il faut y aller par palier et faire ce qu’on appelle du bottom up. Par exemple, nous n’allons pas faire construire directement un immense entrepôt dont nous n’aurons pas d’utilité mais d’abord acheter une nouvelle camionnette puis louer un entrepôt de taille moyenne. Malheureusement, c’est une manière lente de travailler, on pourrait avoir l’impression de ne pas avancer car on grandit de manière organique mais en réalité le projet se tisse progressivement ».

 

Le petit plus de Philippe…

« Pour moi, le circuitcourt est extrêmement important dans le sens où il va peut-être permettre de mettre en place un système économique qui correspond à notre époque. On se rend compte que le système actuel n’est plus à jour. La consommation excessive des ressources, la concurrence permanente (entre les gens, sur les prix), impacte la qualité de la nourriture qui devient de moins en moins qualitative d’un point de vue nutritif pour le consommateur. C’est également catastrophique d’un point de vue financier pour ceux qui la produisent. Il faut tout changer mais pour cela il faut une certaine motivation, de l’envie, de la patience. On ne peut pas révolutionner un système en place en deux décennies. Il faut être visionnaire et se demander comment on peut faire évoluer les choses sans revenir à une façon de consommer comme il y a 50 ans.  Les gens continueront à consommer comme on le fait à notre époque. Le circuit-court est une des solutions, il doit être au milieu de notre réflexion ! Il faut le promouvoir afin d’essayer de proposer (au moins) une alternative économique. Ce n’est pas LA réponse, il doit être combiné à d’autres facteurs, mais c’est déjà une base solide sur laquelle ajouter d’autres choses. »

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