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La Ceinture alimentaire de Charleroi, un pied à terre. Interview de Stéphane Lejoly

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Qui dit circuit-court, dit travailler à l’échelle d’une filière et de ses nombreux chainons. Quoi de mieux pour faire réellement changer les choses, agir pour transformer les mentalités et la société? Exemple avec notre projet de terrain : la Ceinture alimentaire de Charleroi Métropole. Interview de son coordinateur : Stéphane Lejoly, conseiller en entreprise d’économie sociale de SAW-B.

 

Quel est l’intérêt de SAW-B de travailler sur les circuits-courts ?

SAW-B est sans cesse à la recherche de nouvelles solutions pour répondre aux défis sociaux et environnementaux. L’alimentation durable, la recherche du prix juste sont des défis actuels. C’est le moment d’y travailler car il y a un intérêt, voire un engouement grandissant d’une partie de la population beaucoup plus sensibilisée au fait de manger local et désirant venir en soutien de la production locale.
Aussi, qui dit circuit-court dit « circuit » ! On ne travaille donc pas à l’échelle d’une entreprise unique mais de toute une filière. Et on le sait, coopérer, travailler sur des filières entières, permet d’être moins étouffés, moins dominés par les contraintes et les modes de fonctionnement de l’économie de marché qui sont en contradiction avec l’économie sociale et ses valeurs.

 

Pourquoi avoir choisi le territoire de Charleroi-Métropole ?

SAW-B est active partout en Wallonie et à Bruxelles mais est née à Charleroi. Et très étonnamment, c’était un des territoires où nous étions les moins actifs. Il y avait donc une volonté d’un retour aux sources, de nous réinvestir dans notre berceau d’origine. C’est quelque chose de bien perçu par les différents acteurs, qui aiment leur territoire et qui sont heureux lorsqu’ils voient qu’il y a un intérêt d’y développer quelque chose de nouveau.
Une question qui revient pour toutes les ceintures alimentaires, c’est la taille du territoire. Il doit être ni trop petit ni trop grand. Si le territoire est trop petit, on va avoir des volumes de production et de transformation alimentaire trop faibles pour les acheteurs locaux. Si, au contraire, le territoire est trop vaste, comme 3 départements français par exemple, il y a trop d’acteurs pour travailler ensemble.
Il faut donc, dès le départ, trouver un territoire qui a une pertinence. Celui de Charleroi Métropole, certes né d’une volonté politique, est cohérent d’un point de vue économique car c’est un véritable bassin de vie économique.

Une autre raison est aussi de ne pas faire double emploi avec d’autres acteurs déjà actifs. Cela n’a pas de sens de s’investir dans le Brabant wallon, Namur, Liège ou Bruxelles où se développent des projets similaires.

 

Comment s’est faite la rencontre d’acteurs et actrices du terrain ?

SAW-B a contacté les acteurs locaux et bio : maraichers, éleveurs, transformateurs, magasins…. Les personnes qui sont venues étaient déjà porteuses de valeurs comme la solidarité, la coopération, la recherche du prix équitable… Cela a donc aidé à ce qu’elles se rassemblent et nous n’avons pas dû les sensibiliser ou les informer.

Nous avons créé des réunions appelées « tables de concertation ». Se connaître, exprimer des besoins, parler des projets des uns et des autres, faire des constats font apparaître deux choses. D’une part, chacune et chacun, connaissant les besoins et les projets des autres, vont prendre des décisions plus éclairées par rapport à leurs propres investissements ou le développement de leur entreprise.
D’autre part, ils et elles vont pouvoir faire émerger collectivement ce qui est manquant.
Et, typiquement, sur tous les territoires, le chainon manquant est celui qui fait circuler les marchandises depuis les producteurs jusqu’aux acheteurs.
Tant que ce chainon est manquant, même si on identifie d’autres manques comme le besoin de transformer les légumes par exemple, si on n’a pas de quoi faire transporter ces légumes, les acheminer jusqu’aux acheteurs, ça ne marchera pas.

 

Concrètement, qu’est-ce qui a émergé des tables de concertation ?

Lors des premières concertations de la CACM, il y a plus de 60 besoins qui ont émergé. Il a fallu voir ce qui était prioritaire et, finalement, on a mis l’accent sur 3 besoins : transformer les produits, commercialiser au cœur de Charleroi et créer une plateforme logistique pour faire circuler les marchandises. C’est ce projet qui a vu le jour et porte le nom de Circulacoop.

On a aussi progressé en matière de communication. Site internet, page facebook, newsletter, flyers et affichages dans les magasins sont désormais en place. Mutualiser la communication, c’est bien plus efficace.

La concertation a aussi porté sur une réflexion concernant leurs prix équitables et sur les volumes à produire pour fournir les magasins, acteurs de la Ceinture. Concrètement, les magasins ont indiqué les volumes nécessaires pour les saisons à venir. Avec ces données, les productrices et producteurs se sont entendus pour répondre à cette demande. Cela a permis d’augmenter la production de certains légumes, d’en diminuer d’autres moins souhaités et ça a contribué à établir leurs plans de culture en début de saison.
Ils se sont aussi accordés par rapport à la répartition des commandes afin que chacune et chacun soient bien sollicités.

 

Qu’est-ce qui est le plus compliqué ?

Une des particularités de ce territoire, c’est qu’il y a peu d’acheteurs détaillants (épiceries, supermarchés, groupements d’achats…) de produits locaux bio et sans doute aussi pas assez de consommateurs sensibilisés à l’alimentation bio, locale et de saison.
On pourrait penser que c’est dû à une population assez précaire mais Liège a un public relativement identique. Je pense tout d’abord que le territoire de Charleroi Métropole est complexe avec une zone nord fortement urbanisée et une zone sud qui ne l’est pas du tout. Et ensuite, il y a un tissu associatif et coopératif local moins actif qu’à Liège où la dynamique est beaucoup plus forte. Par exemple, sur le territoire liégeois, c’est ce tissu local qui a initié le projet de Ceinture alimentaire.
Mais les choses commencent à bouger pas mal sur le territoire de Charleroi-Métropole. On sent une forte volonté de changement. Des acteurs comme Ville fertile, Jumet bio, la coopérative de la Botte Paysanne ou le Gal de l’Entre-Sambre-et-Meuse sont très actifs. Il faut que d’autres acteurs comme eux voient le jour pour qu’on observe un changement plus important des comportements en matière d’alimentation.

 

Comment différencier la CACM et Circulacoop ?

Le meilleur exemple est celui sur lequel nous travaillons actuellement. Philippe, pour Circulacoop, et moi, pour la CACM, avons un travail de démarchage des cantines scolaires et des cuisines de collectivité. Dans un premier temps, Philippe prospecte et les contacte. Je viens ensuite informer les cantines et cuisines de ce qu’est la Ceinture alimentaire, ses acteurs, ses valeurs, le fonctionnement… et, bien sûr, je les invite à assister aux tables de concertation. Tout ce qui est opérationnel: contrat, commande, livraison est ensuite pris en charge par Circulacoop. C’est l’acteur logistique de la CACM. Sans lui, les produits de producteurs ne circuleraient pas sur le territoire.

 

Quels sont les prochains défis de la CACM ?

Un projet qui nous accapare pour l’instant est l’étude d’une filière céréalière. SAW-B a des contacts avec des cultivateurs de céréales, une entreprise spécialisée dans le stockage de grains, des moulins Astriés, des boulangers bio et des homes désireux d’avoir du pain bio local pour leurs résidents. Dans ce cas précis, la CACM agit comme un facilitateur pour le développement et la mise sur pied d’une filière.

A l’avenir, nous espérons également favoriser l’installation de nouveaux projets agricoles. Plusieurs communes travaillent à identifier les terres agricoles communales disponibles. Notre volonté est d’y créer des projets d’espaces’ter, comme à Verviers. Il s’agit d’espaces pour tester son activité agricole, bien souvent de maraichage, pendant 2 ou 3 ans. Si le test est concluant, contrairement aux espaces-tests, les agriculteurs pourront s’établir de manière pérenne sur l’espace mis à leur disposition.

Qui sait, peut-être que celui ou celle qui me lit sera la ou le prochain acteur de la Ceinture alimentaire de Charleroi ?

Site de la Ceinture alimentaire de Charleroi Métropole : www.ceinturealimentaire.be

Vous désirez en savoir plus et assister à une séance d’information ? Deux séances sont prévues : une le 25/11 et l’autre le 14/12. Rejoignez-nous !

Pour aller plus loin:
– S’y retrouver entre bio, local, circuit-court, coopérative… Lecture
– Pourquoi favoriser le circuit-court bio et local ? Lecture
– Qu’est-ce qu’une ceinture alimentaire ? Lecture
– Lire l’article « vous êtes formidables » dans notre newsletter de novembre 2021)