L’économie sociale, concrètement.

L’économie sociale, ce n’est pas juste une bonne idée, c’est un vrai modèle économique, solide, structuré, ancré dans l’histoire et dans la pratique. Si tu es arrivé·e jusqu’ici, c’est que tu veux comprendre comment ça marche. Alors, explications !

l'économie sociale, concrètement

Une entreprise, oui, mais avec un truc en plus!

L’économie sociale, ce sont des entreprises comme les autres: elles produisent, vendent, emploient, innovent.
Mais ce qui change, c’est l’intention.
Elles n’existent pas pour enrichir leurs actionnaires, mais pour répondre à un besoin social. Le profit n’est pas banni – il est simplement remis à sa place: en soutien de l’humain, au service de l’utilité sociale.

Ces structures s’appellent coopératives, associations, fondations, mutuelles… mais, attention, si toutes les entreprises d'économie sociale revêtent un de ces statuts, l'inverse n'est pas vrai. Toutes les coopératives, fondations, etc., ne sont pas d'économie sociale. Les entreprises d'économie sociale fonctionnent selon des principes[1] communs, qu’on va détailler juste ici 👇

4 grands principes, 1 projet de société

🧑‍🤝‍🧑 Finalité sociale avant le profit
Ces entreprises ont pour objectif de servir leurs membres ou la collectivité ou, soyons fous, la société tout entière, pas de maximiser les dividendes. Ce qu’elles gagnent, elles le réinvestissent dans leurs activités, dans les emplois ou dans de nouveaux projets sociaux.

🛠 Autonomie de gestion
Même si certaines reçoivent des financements publics ou privés, les entreprises décident elles-mêmes de leur stratégie. L’État ou les financeurs privés (fondation, sponsors…) soutiennent, mais ne décident pas. Les structures gardent la main sur leurs choix.

🗳 Gouvernance démocratique
Une personne = une voix.
Contrairement aux entreprises classiques où le pouvoir de vote dépend du nombre de parts détenues, ici chaque membre a le même poids dans les décisions. Il existe quelques nuances notamment dans les coopératives mais, dans tous les cas, c’est (très !) limité et encadré.
Ce principe s’applique dans les Assemblées générales, les organes d’administration et, de plus en plus, dans les pratiques de gestion. L’idée? Partager le pouvoir au lieu de le concentrer. Et ça change tout.

🧍‍♀️🧍‍♂️ Primauté des personnes sur le capital
Les humains d’abord. Le capital ensuite.
C’est aussi simple que ça.
Concrètement? Pas de bénéfices qui s’envolent vers des actionnaires absents ou lointains, mais une redistribution équitable: pour les travailleurs, les bénéficiaires, ou la collectivité.

Une démocratie à l'intérieur de l'entreprise

Ce n’est pas réservé aux Parlements.
Dans une entreprise d’économie sociale, la démocratie se vit au quotidien.
Les travailleurs, les membres, parfois même les bénéficiaires ou les citoyens du quartier peuvent être impliqués dans les décisions importantes. On parle alors d’intelligence collective ou même de gestion participative.
C’est bien plus qu’un tableau d’affichage poussiéreux avec “vos idées nous intéressent” ou un lieu de dialogue social. Ici, la participation est sollicitée pour prendre les décisions managériales et stratégiques.

Cela demande du temps, des moyens, de l’écoute. Mais c’est une manière puissante de donner du sens au travail et de transformer la relation entre travailleur·euses.

Oui, mais concrètement?

👉 Un centre de santé où tous les soignant·es collaborent pour une prise en charge intégrée et préventive de la santé des patient·es. (Exemple: Les Maisons médicales)
👉 Une ressourcerie qui redonne vie aux objets et aux gens. (Ex.: Ressourcerie Le Carré, Terre, Le Bric, Oxfam…)
👉 Un magasin où tu fais tes courses. (Ex.: Agricovert, Coopéco, Cabas, Paysans-Artisans…)
👉 Un service de logement pensé pour ceux qui galèrent à trouver un toit. (Ex.: Relogeas, Les Petits Riens, Alodgî, Comme Chez Nous…)
👉 Une entreprise de construction où les décisions se prennent en équipe. (Ex.: Le Trusquin, L’Essor…)
👉 Une blanchisserie où le linge est pris en charge par des personnes en situation de handicap (Ex.: Les ateliers du Saupont, Entra, L’Atelier 85…)

🎥 À voir : c’est quoi une entreprise sociale?

Une économie différente, pas une économie fragile

En août 2024, la Commission européenne a publié une étude sur les statistiques de l’économie sociale en Europe (Carini, Galera, Tallarini, Chaves Avila, & al., 2024). Selon cette étude, l’Union européenne compte 4,3 millions d’entreprises d’économie sociale (associations, coopératives, fondations, mutuelles et entreprises sociales), employant 11,5 millions de personnes, soit 6,3% de la population active.
En Belgique, l'Observatoire de l'Economie sociale avance le chiffre de 11,7% de la population francophone active[2]. Des chiffres à prendre avec des pincettes... l'économie sociale est certainement un gros pourvoyeur d'emploi mais ce chiffre englobe des entreprises qui n'appliquent pas toujours les principes de l'économie sociale et même, ne s'en revendiquent pas.

Ce qui est certain, c'est qu'elle ne cesse de croître. Elle agit aujourd'hui dans presque tous les secteurs : santé, logement, environnement, culture, mobilité, numérique, alimentation, finance…
Elle montre qu’on peut entreprendre autrement, sans renoncer à l’efficacité, à l’innovation, ni à l’ambition.

En résumé

L’économie sociale, c’est un engagement concret.

  • Un projet économique solide
  • Des valeurs humaines, appliquées en entreprise
  • Une gouvernance partagée
  • Une finalité sociale claire
  • Une vraie alternative, à l’intérieur du système... et parfois contre lui.

Tu veux creuser encore ?
Passe au niveau suivant (l'économie sociale en détails). Tu verras, ça se corse… mais ça en vaut la peine.
Tu t’interroges encore sur l’histoire ? Va au niveau précédent (l'économie sociale pour les nuls!), ça va t’intéresser!

Tu veux approfondir ou te lancer?

Nous avons un tas de publications à lire sur notre site internet.
Ou tu as toi aussi un projet et souhaite te lancer? On propose des formations et des accompagnements pour t’y aider !

[1] Un principe est un idéal à atteindre, une valeur directrice qui oriente les actions, les décisions et le fonctionnement. Et, comme tout idéal, chacun·e les comprend et les met en oeuvre à sa manière.

[2] L'Etat des lieux de l'économie sociale, par l'Observatoire de l'économie sociale.