Aller au contenu

Interview avec Casa Legal – 4 avocates réinventent leur métier.

60557763_444549642968374_6889818920849506304_n (1)

Elles sont quatre. Quatre avocates, spécialistes des droits des personnes, des étrangers, des familles, de l’aide sociale – toutes des matières « humaines» – et partisanes du dialogue et de la médiation. Katia, Noémie, Clémentine et Margarita ont créé une asbl en vue de s’entourer d’une équipe pluridisciplinaire composée d’assistantes sociales, de psychologues et d’autres disciplines. Nous avons rencontré Noémie et Margarita de Casa legal et Mathilde Leboeuf, conseillère en entreprise sociale chez SAW-B.

 

Pour créer Casa legal, les 4 avocates se sont « inspirées des maisons médicales ou des plannings familiaux, des lieux qui mélangent plusieurs professions », explique Noémie. Ce collectif d’un type nouveau est « plus adapté pour aider les personnes les plus vulnérables » souligne Margarita.

« Tout concentrer en un lieu permet de décloisonner la défense et l’accompagnement des personnes qui viennent nous consulter. Nos bénéficiaires arrivent chez nous par la voie juridique et peuvent avoir en plus un accompagnement psycho social quand cela s’avère opportun. Nous sommes persuadées que nous les aidons bien mieux avec notre approche holistique. 

La majorité des celles et ceux que nous recevons bénéficient de l’aide juridique, ce sont des personnes parfois sans logement ou à qui il leur manque des papiers pour instruire leur dossier. Avec l’appui des assistantes sociales, elles font face à ces difficultés, ne se découragent pas et vont ainsi plus facilement au bout de la procédure. D’autres cas nécessitent l’apport des psys. Ces personnes ont vécu des traumatismes et il faut prendre le temps d’instaurer un climat de confiance pour oser raconter. Il existe des associations avec des juristes qui ont déjà ce type d’approche. Mais avec des avocats qui peuvent représenter les personnes et introduire des dossiers devant des tribunaux, c’est une première. »

 

La genèse, un déclic

Noémie et Katia travaillaient dans un même cabinet. Noémie raconte : « On a toutes eu une réflexion à notre échelle. Mais il y a deux choses qui nous ont fait sauter le pas. La première, c’est la participation de Katia au Déclic Tour – ndlr : une formation itinérante de 8j pour s’inspirer d’alternatives de terrain – d’où elle est revenue avec l’idée d’imaginer un autre modèle que le cabinet d’avocats. Et l’autre, c’est la rencontre avec Margarita et Clémentine, un véritable boost. »

 

L’accompagnement

Pour monter leur projet, elles sont passées via le programme Seeds de Coopcity et ont été accompagnées par Mathilde, conseillère en entreprise sociale chez SAW-B  : «Quand elles sont arrivées, elles avaient l’idée, elles savaient qu’elles voulaient être salariées, travailler en collectif et travailler de manière transversale avec d’autres corps de métier. Elles avaient donc un concept mais aucune idée de comment le mettre en œuvre. Je les ai aidées dans la structuration et dans le phasage du projet.»

Noémie ajoute : «Mathilde nous a aidé aussi dans le financement du projet. Elle a fait notre plan financier et nous a fourni un outil de suivi. Pour que notre asbl soit en équilibre financier, nous devons répondre à des appels à projet pour financer le travail de coordination avec les autres métiers et c’est elle encore qui nous aide à rentrer les justifications financières.

Mais avant tout chose, Mathilde, elle a cru en notre projet ! Son optimisme et son énergie nous tiraient quand nous avions envie de baisser les bras. »

 

Un concept innovant

« Dès la première rencontre, nous instruisons les dossiers à deux », explique Margarita. « On remarque que nous établissons plus vite un lien de confiance avec les gens que nous recevons. Ils se sentent mieux écoutés et plus soutenus. Et pour nous, travailler en intelligence collective, c’est une force. On pense le dossier à plusieurs, on peut prendre du recul et les charges intellectuelle et mentale sont partagées. C’est plus vivable face aux situations difficiles auxquelles on est parfois confrontées.»

Avoir une équipe pluridisciplinaire permet d’aider les personnes à tous les niveaux : « Dans l’objet social de notre asbl, nous avons inscrit une volonté d’émanciper les gens. C’est l’empowerment : nous leur donnons des pistes et des outils pour essayer de s’en sortir mieux. On n’y est pas encore car notre asbl est récente mais, à terme, on aimerait donner des ateliers ici pour construire des outils didactiques ou interactifs. Par exemple, on est en lien avec Droits quotidiens  pour travailler sur des outils imagés à destination des bénéficiaires qui ne savent pas lire ou écrire. Il est important que les gens comprennent ce qui se passe, leur procédure, ce qu’ils risquent et ce à quoi ils ont droit. »

En plus d’avoir cette approche transversale et de la relation humaine qu’elles tissent avec leurs client·es, les 4 comparses ont décidé d’être salariées de leur asbl. Un concept totalement innovant pour le métier d’avocat, elles sont ainsi les premières avocates salariées en Belgique.

 

Un modèle à dupliquer

« Depuis l’article de la RTBF , on est approchées par des avocats ou par le milieu psychosocial pour savoir comment on a fait. On a créé un modèle neuf qui est en train de faire bouger des lignes et on espère bien que cela donnera lieu à des bébés Casa legal. »

Pour penser leur modèle à fond, Casa legal vient d’entamer une réflexion sur leur gouvernance pour établir un cadre de gestion collective avec l’asbl Collectiva.

 

Le plus de Mathilde…

« Ce qui m’anime dans ce type d’accompagnement, c’est qu’elles aident des gens, elles ne sont pas juste là pour instruire des dossiers. On a la preuve que tous les métiers peuvent faire partie de l’économie sociale, avoir une finalité et contribuer à une meilleure société. Il n’y a pas de métiers que l’économie sociale ne peut pas inclure. Tous les métiers peuvent avoir cette réflexion de quel sens on donne à ce qu’on fait et comment on le fait.»