INTERVIEW – Le Bouton d’Or – Donner une seconde vie aux objets… et aux personnes.

Interview Bouton d'Or Nivelles

Derrière les rayons de vêtements, de livres, de vaisselle ou de jouets, le magasin Le Bouton d’Or raconte une histoire de solidarité très concrète. Cette initiative d’économie sociale, portée par l’ASBL Le Goéland à Nivelles, donne une seconde vie aux objets, mais aussi des perspectives à des personnes en parcours d’insertion. Rencontre avec Marie Courtens, coordinatrice du projet, à un moment charnière de son développement.

 

Le Bouton d’Or ne naît pas d’abord comme un magasin. À l’origine, il y a Le Goéland, une maison d’accueil et d’hébergement pour jeunes femmes en difficulté sociale. Par solidarité, des personnes donnaient des vêtements pour les femmes hébergées, qui avaient souvent peu de ressources matérielles.

Au fil du temps, les dons se multiplient. Des brocantes sont alors organisées pour soutenir financièrement la maison d’accueil. Puis l’idée d’un magasin permanent de seconde main s’impose progressivement. L’atelier couture, lui, apparaît d’abord pour adapter ou réparer certains vêtements reçus. Aujourd’hui, le magasin et l’atelier sont devenus deux supports d’insertion socioprofessionnelle.

«On récupère ce dont les gens n’ont plus besoin, des vêtements, des objets déco, de la vaisselle, des livres, des jeux, des jouets… et on leur donne une seconde vie», résume Marie Courtens.

 

Qui est Marie Courtens?

Marie Courtens est coordinatrice du Bouton d’Or. Elle rejoint d’abord Le Goéland comme administratrice, à un moment où l’association souhaite amener un regard neuf sur certaines problématiques. Forte d’expériences dans le secteur associatif, la gestion d’équipe, le social et le commercial, elle prend ensuite la coordination du Bouton d’Or. Depuis, elle accompagne l’évolution d’un projet qui a grandi, s’est professionnalisé, et cherche aujourd’hui à penser sa prochaine étape.

 

Trois besoins, un même projet

Pour Marie, Le Bouton d’Or répond aujourd’hui à trois grands besoins. Le premier est très concret: que faire d’objets encore en bon état dont on n’a plus l’usage? Le deuxième concerne l’accès à des biens de qualité à prix abordable, mais aussi la possibilité de consommer autrement, pour des raisons économiques, éthiques ou environnementales. Le troisième touche à l’insertion socioprofessionnelle de personnes parfois très éloignées du monde du travail.

Le public du Bouton d’Or est donc multiple: des donateurs, des clients, des personnes en insertion, des partenaires sociaux, des habitants de Nivelles et des environs. Le magasin attire aussi un public de plus en plus varié: personnes précarisées, familles, jeunes adultes, amateurs de seconde main, clients sensibles au réemploi ou à la consommation responsable.

Ce qui distingue Le Bouton d’Or d’un commerce classique de seconde main, c’est précisément cette articulation. On y vend, mais on y accompagne. On y trie, mais on y forme. On y accueille, mais on y rend aussi possible une autre manière de consommer.

 

Une économie sociale du quotidien

Au Bouton d’Or, l’économie sociale ne se vit pas comme un concept abstrait. Elle se joue dans les gestes quotidiens : accueillir une personne qui pousse la porte, aider quelqu’un à retrouver un rythme, proposer un vêtement accessible, donner une place à une personne en insertion dans une équipe de travail.

«On essaie de prendre la personne là où elle est, avec son bagage, ses expériences ou son manque d’expérience, et de l’amener le plus loin possible», explique Marie.

Les personnes en insertion ne sont pas présentées comme “à part”. Elles participent au fonctionnement du magasin, à la relation avec les clients et les donateurs, à la vie de l’équipe. Certaines décisions se prennent collectivement: agencement du magasin, actions promotionnelles, organisation, voire participation aux entretiens préalables avant l’arrivée d’une nouvelle personne en insertion.

Marie utilise une image simple: «J’aime bien penser que je suis le capitaine d’un bateau, mais sans tout l’équipage derrière, on ne va nulle part.»

 

Retrouver une place, parfois très simplement

L’utilité du Bouton d’Or se lit aussi dans des situations modestes, mais fortes. Marie évoque des personnes qui réapprennent à se lever le matin, à reprendre un rythme, à travailler en équipe, à retrouver confiance dans un cadre professionnel. Toutes ne retrouvent pas immédiatement un emploi, mais certaines franchissent des étapes essentielles.

Elle cite aussi des clients ayant tout perdu dans un incendie et qui peuvent retrouver des vêtements, de la vaisselle, du matériel de cuisine, bref de quoi reconstruire un minimum de dignité. Ou encore des bénéficiaires de la maison d’accueil qui participent à des séances de “relooking” et osent porter des vêtements qui les mettent en valeur.

Ces histoires disent quelque chose du projet : Le Bouton d’Or ne répare pas tout, mais il crée des espaces où des personnes, des objets et des liens peuvent reprendre place.

 

Un moment charnière

Si SAW-B accompagne aujourd’hui Le Goéland, c’est parce que Le Bouton d’Or arrive à un tournant. Le volume d’activité a fortement augmenté ces dix dernières années. L’équipe d’encadrement s’est renforcée. Le nombre de personnes accompagnées en insertion a augmenté. Le bâtiment, lui, est devenu trop petit et inadapté à l’activité actuelle.

Mais Marie le dit clairement: la question ne se limite pas au bâtiment. «Si on a besoin d’une modification, quelle est la vision? On cherche une vision à plus long terme du Bouton d’Or.»

L’enjeu est donc de prendre du recul: faut-il changer d’échelle? Repositionner certaines activités? Repenser l’organisation? Clarifier le modèle économique? Mieux valoriser l’offre? Oser être bousculé dans certaines certitudes?

C’est dans ce cadre que SAW-B accompagne Le Goéland: aider à structurer la réflexion, poser les bonnes questions, objectiver les tensions et construire progressivement une vision pour les années à venir.

 

Rejoindre un réseau d’économie sociale

Le Goéland a également rejoint l’assemblée générale de SAW-B. Pour Marie, ce lien s’inscrit dans une logique de réciprocité et de réseau. Soutenir SAW-B, c’est aussi soutenir une fédération qui accompagne et rend visibles les initiatives d’économie sociale.

«Plus on est nombreux à s’afficher en économie sociale, plus ce modèle économique peut avoir du poids, être visible du grand public, être connu et être pris au sérieux», souligne-t-elle.

Elle insiste aussi sur l’importance des échanges entre membres: apprendre des expériences des autres, partager des questions, créer des synergies. Sans prétendre avoir “la” réponse, Le Bouton d’Or a une expérience concrète à partager: celle d’un projet local qui fait tenir ensemble réemploi, activité économique, insertion et solidarité.

 

Venir voir

Pour Marie Courtens, le meilleur moyen de comprendre Le Bouton d’Or reste encore de s’y rendre. «Venez pousser la porte», dit-elle. Acheter une pièce, déposer un don utile, suivre les actualités du Goéland: autant de manières simples de soutenir un projet qui se construit d’abord dans le quotidien.

 

Par Chadi Cheikh-Ali.

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