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Des mots pour le dire : pourquoi nous sommes si pointilleux ?

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Il n’est pas rare, lorsque quelqu’un parle de SAW-B, d’entendre que nous sommes pointilleux, exigeants sur les mots que nous utilisons. Jean-François Herz, co-directeur de SAW-B, aime à dire souvent cette citation de Paulo Freire “Posséder les mots, c’est posséder le monde”. Même si notre volonté est éloignée de l’idée de possession du monde, nous cherchons à employer les mots qui traduisent au mieux notre conception de l’économie sociale. Notre attachement à la précision des mots, relève de notre volonté d’être au plus juste, au plus près de notre exigence de respect de cette économie sociale et de ses acteurs.

 

Pour illustrer notre propos, voici deux exemples parlant. Ils sont ancrés dans notre quotidien et dans les activités de SAW-B : les clauses ESE et l’évaluation d’impact social.

 

… les clauses ESE

 Depuis de nombreuses années, SAW-B facilite l’intégration de clauses sociales dans les marchés publics. Au fur et à mesure des années, ce travail s’affine et se précise. Aujourd’hui, nous plaidons pour l’utilisation du terme de clauses ESE, c’est-à-dire les clauses sociales, environnementales et éthiques. Cette appellation transcende le concept de clauses sociales.

Pour arriver à la notion d'”achat responsable“, il faut une intégration des différentes facettes de la responsabilité.

  • La responsabilité sociale : les clauses sociales avec la responsabilité d’insertion/intégration sociale.
  • La responsabilité environnementale : les clauses environnementales avec la responsabilité environnementale.
  • La responsabilité éthique : les clauses éthiques avec la responsabilité de respect des droits humains et de la qualité de vie (notamment la notion de “prix juste”).

Cette vision intégrée des trois types de clauses à intégrer dans la culture des achats publics et privés est essentielle sinon un marché peut être parfait au niveau environnemental mais scandaleux au niveau du droit du travail ou des droits humains.

 

… l’évaluation de l’impact social

Nous parlons à SAW-B d’évaluation d’impact, plutôt que de mesure d’impact. Le dictionnaire Larousse, définit mesurer comme “Déterminer, évaluer avec un instrument de mesure, le volume, la superficie, la quantité de quelque chose“. Quand on utilise le mot “mesurer”, l’imaginaire nous entraîne souvent sur des chiffres et vers des outils qui permettent de calculer la quantité d’une chose, son positionnement sur une échelle. En ce sens, mesurer permet d’estimer ce qui est, en comparaison parfois avec une situation précédente ou suivante.

Pour évaluer, le même dictionnaire précise qu’évaluer consiste à “Déterminer, fixer, apprécier la valeur, le prix de quelque chose, d’un bien, etc.”. L’évaluation se pose en termes de signifiance et de signification. Elle implique un questionnement sur le sens”*

Evaluer les impacts, c’est mettre la structure et ses missions au centre de l’évaluation, là où elle peut agir. Au lieu d’évaluer les destinataires de son action, elle évalue son action. Qu’est-ce que je fais ? Comment je le fais ? Pourquoi je le fais ? On peut partir des bénéficiaires, des usagers, des travailleurs  pour qu’ils expliquent ce qu’il se produit, comment et pourquoi.

Albert Camus a dit : “Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde”. Dans sa lignée, une des devises de SAW-B pourrait être : Bien nommer les choses, c’est ajouter au bonheur du monde.

*Joanne CLOTUCHE, «Evaluation émergence et évolution d’un concept ambivalent », Analyse, SAW-B [en ligne : www.saw-b.be], 2017.