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L’immense ferme – Le vécu comme fondement.

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Cette interview diffère un peu des entretiens habituels. Yves Vosté est encore en plein démarrage de son projet, l’Immense ferme, et celle-ci n’existe pas encore. Pourtant, même avant le lancement du projet, Yves a déjà énormément de choses à raconter. Car ce projet, c’est le cap qu’il garde depuis des années, c’est l’aboutissement d’une longue expérience personnelle, un véritable projet de vie.

 

Le point de départ d’Yves est simple : ayant vécu 12 ans dans la rue, il s’estime bien placé pour construire un projet qui répondra aux attentes et besoins d’un grand nombre de personnes sans chez-soi.

On ne peut donc parler du projet d’Yves sans parler de sa vie, « parfois chaotique et parfois merveilleuse ».

 

L’enfance et la ferme

Yves a grandi dans une famille compliquée, avec pas mal de problèmes, des parents souvent absents et une atmosphère tendue, qui allait parfois jusqu’aux coups. Mais il ne leur en veut pas, c’est aussi cette expérience qui a fait de lui la personne qu’il est aujourd’hui. «J’allais me protéger dans une famille qui avait une ferme. C’était pas une grande ferme, plutôt une petite maison transformée en ferme.»

Il comprendra l’importance que cette ferme a eu pour lui lors des différents moments où il aura l’occasion de raconter sa vie. Sa sœur sera d’ailleurs un élément-clé pour le mettre face à l’évidence: «Elle m’a dit « toi qui aimes tellement la ferme et les animaux, pourquoi tu n’irais pas habiter dans une ferme?».

 

Une soif d’apprendre

Depuis son plus jeune âge, Yves est passionné de lecture. Tout comme la ferme, c’est un peu son refuge. «Déjà à 5 ans, je lisais le journal. Mon père voulait m’inscrire à une formation de cuisinier au Céria mais ça coûtait trop cher. En réalité, je connaissais déjà tout de la formation car j’avais lu beaucoup de bouquins.» Lorsque son premier amour entame une formation de médecine, il l’accompagne de temps en temps sur les bancs de l’UCL. «Je ne notais rien, mais j’écoutais et je retenais ce qui m’intéressait. Encore aujourd’hui il arrive que j’impressionne les médecins en montrant que je connais très bien certains sujets.»

Il garde cette soif d’apprendre aujourd’hui. Ce qui lui sert pour son projet. «Burn-out, hypersensibilité… et mon bouquin de chevet c’est À nous la liberté ! de Mathieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien. Ce livre m’intéresse beaucoup car ils donnent des éléments pour sortir les gens de l’alcoolisme. En reliant ça à ma propre expérience, j’apprends énormément.»

Et il est prêt à s’intéresser même à ce qui le repousse : «Le fait d’avoir suivi le programme Seeds à Coopcity a été très utile, ça m’a appris plein de choses indispensables. Ça m’a beaucoup aidé, surtout du point de vue de l’argent. Je hais l’argent, mais il faut bien en avoir, et il faut bien le gérer.»

 

La rue et l’envie d’aider d’autres

Pendant ses années dans la rue, Yves ressasse le projet d’aider les autres, et l’applique déjà concrètement. Les autres sans-abris se souviennent de lui qui se balade avec trois valises qui contiennent des vêtements et du matériel de soin qu’il distribue à qui en a besoin. Même l’argent qu’il gagne en mendiant, il le redistribue autour de lui si d’autres en ont plus besoin. Il joue aussi le père Noël quand c’est la période, et raconte ses anecdotes à ce sujet dans cette vidéo.

Et puis, il y a 6 ans, son voisin de trottoir l’interpelle «dégage de cette rue de m*rde et reviens nous sauver!». Yves le prend au mot, et se lance dans son projet. Au début, rien n’est simple. «Je ne pouvais rien faire tant que je n’avais pas de logement. Je faisais l’aller-retour tous les jours depuis La Louvière. Mais depuis que j’ai trouvé un lieu à Bruxelles ça avance vraiment. Tant que je n’avais pas de solution pour moi, je ne pouvais pas bien aider les autres.»

 

La résilience

Yves a envie d’un projet qui réponde concrètement aux problèmes de la rue. Il a bien vu que, pour sortir de l’addiction et de la rue, même s’il existe déjà beaucoup d’associations qui aident les sans-abris, il faut un accompagnement long, adapté et un suivi presque au jour le jour. «Moi j’ai dû passer par quatre organisations, et ce n’est pas tout à fait fini.»

Il y a de la place pour un tel projet, il y a de plus en plus de personnes qui ont des capacités de résilience. «Or moi, la résilience, c’est un peu mon deuxième prénom. Je ne compte plus le nombre de fois que je me suis relevé».

Il précise l’objectif du projet : «Le souhait pour moi c’est que la personne qui va ressortir de l’immense ferme puisse s’auto-gérer, avec plusieurs bagages, comme la bienveillance. Ce n’est pas la question d’amener à l’emploi, elle peut rester au chômage, le plus important c’est que ce soit une décision et pas subi. Donc moi je veux discuter avec les gens, comprendre leurs soucis. Sortir les gens de la rue et pas les y remettre, c’est un gros travail.» La dimension collective est pour lui très importante. «Tout le monde sur place doit participer aux processus de décision. Ce n’est pas MON projet ou NOTRE projet mais LE projet. C’est comme ça que ça peut fonctionner. Il faudra être professionnel·le, et chacun.e à son tour pourra mener la réunion.»

 

Le projet

Accompagné par SAW-B, dans le cadre d’un programme de Coopcity, Yves a réuni un collectif qui travaille au projet L’immense ferme. Il souhaite faire de la réinsertion de personnes vivant à la rue par

  • le logement temporaire (4 mois renouvelables),
  • un accompagnement social et éducatif pour travailler sur la reconstruction, l’estime de soi et l’autonomie,
  • la participation aux activités de la ferme (agriculture, élevage) et ateliers annexes.

Actuellement, l’ASBL a été créée et le collectif a pu participer à des journées tests d’activité de maraîchage et des visites de projets inspirants qui s’en rapprochent. L’Immense ferme est encore à la recherche d’un terrain et de bâtiments. Mais avec quelqu’un comme Yves, sa détermination, son expérience et la chouette équipe qui travaille sur le projet, L’immense ferme a des beaux jours devant elle!

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©Coopcity