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Edito – Pourquoi une newsletter spéciale sur le financement de l’économie sociale?

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Parfois dépassé·e par toutes les demandes de justificatifs financiers ?
Lassé·e de ces indicateurs qui ne reflètent pas les résultats et les changements que vous générez ? Inquiète ou inquiet face aux financements de vos activités et à la pérennité des projets que vous menez ? Alors, cet édito est pour vous !  Et même, cette newsletter est pour vous!

 

Pour évoquer notre sujet, je vous narre une anecdote assez récente et, surtout, fort représentative d’une forme de hiatus entre certaines injonctions administratives et ce qui se vit sur le terrain. Il y a quelques mois, un financeur nous a demandé les dates de naissance de tous les participants à des activités qu’il finançait. Tâche ardue rétroactivement. Fernande, notre très professionnelle secrétaire, s’est chargée de ce travail. Elle entre en contact avec une dame pour lui demander sa date de naissance en expliquant la demande du financeur. Méfiante suite à quelques articles qu’elle a lus sur des arnaques téléphoniques et sur la protection de la vie privée, elle hésite à donner ces informations et ne comprend pas trop. Pour rassurer cette personne, je l’appelle et discute des circonstances entourant notre rencontre. Elle me dit alors : « Oh oui, je me souviens bien. C’était super utile le travail fait ensemble! C’est bien qu’ils financent ça ».

La date de naissance, on l’a communiquée aux financeurs. La deuxième remarque, celle qui parle de ce qu’on a fait, personne n’a demandé à la connaître.

 

Des anecdotes comme celle-ci, où on a l’impression que la pertinence, l’utilité, la nécessité de notre travail ne trouvent pas de place pour être entendues, nous sommes nombreux à en avoir. Les lourdeurs administratives combinées à des indicateurs de résultats souvent fort éloignés des réalités voire qui changent en cours de route et l’impossibilité du chemin faisant, d’une évolution concertée avec les financeurs rendent ces financements parfois schizophréniques : prouver des résultats rapidement mais ne pas avoir de temps pour être sur le terrain.

 

Les indicateurs deviennent alors performatifs : ce qu’ils demandent devient ce qui ressort du projet. Cela bride l’imagination, les résultats, l’innovation, l’action, l’entrepreneuriat. Dans certains cas, pour des projets dont le but est la création d’activités économiques, à exiger des indicateurs de résultats si contraignants, l’on bride toutes les initiatives entrepreneuriales qui constituent pourtant l’essence même de ces projets. D’ailleurs, les indicateurs de résultats et des livrables pré-définis sont-ils compatibles avec l’innovation ?

 

A côté de ces indicateurs, il y a le reporting financier. Les nécessités légitimes en matière de contrôle, de transparence et de bonne affectation des moyens ont des conséquences importantes pour les structures. Prenons quelques exemples.

  • Vous avez besoin d’une salle pour une réunion avec 15 personnes et vous devez en louer une. Il faut faire un marché public et solliciter 3 lieux alors que vous savez quelle salle est disponible.
  • Un financeur rabote votre financement parce qu’il manque des dates de naissances
  • Un contrôleur perd les notes de votre rencontre et demande à recommencer le contrôle
  • ….

Est-ce trop demander ? Je ne sais pas. Cela a-t-il des conséquences sur le travail effectué, sur son efficacité, sur les usagers, bénéficiaires voire sur le bien-être des équipes ? La question mérite d’être posée.

 

Les questions que pose la manière dont on rend compte des dépenses et des résultats engendrés par les actions mises en place par les associations comme la nôtre sont nombreuses. Pour le moment, ce sont juste des questions, des doutes, des impressions. SAW-B a envie d’aller plus loin, de creuser le sujet. Afin de mieux cerner les réalités en tentant de les objectiver et de déterminer si notre ressenti est partagé, nous avons rédigé un questionnaire. Il aborde la question du reporting financier et du reporting en termes de résultats. Bien que non-exhaustif, nous espérons pouvoir tirer un certain nombre d’information et d’enseignement de ce questionnaire. Adressé aux responsables de structures d’économie sociale et d’action sociale, il sera une porte d’entrée vers une réflexion sur le financement du secteur associatif et de l’économie sociale.

 

Parallèlement, Marian De Foy a rédigé une analyse sur ce sujet qui apporte, elle aussi, des éclairages supplémentaires (Deux autres suivront sur le même thème). Ces interrogations concernent aussi d’autres pays, comme la France. Dans un ouvrage récent auquel Quentin Mortier, un de nos co-directeurs, a participé, Jean-Louis Laville consacre sa conclusion à ces réflexions.

 

Vous voulez contribuer ? N’hésitez pas à participer à notre enquête et/ou à la relayer autour de vous.

 

Joanne Clotuche

Notre newsletter de septembre 2021 est entièrement consacrée à la question du financement dans l’économie sociale.

Découvrez le sommaire:
Le financement de l’économie sociale (1/3) – les financements privés. Une analyse de Marian de Foy.

L’interview de Sabrina Nisen, coordinatrice du centre d’entrepreneuriat sociale bruxellois Coopcity, qui évoque les financements et le rapport à l’argent dans l’économie sociale.

– Un séminaire le 12 octobre prochain pour découvrir et partager des expériences de gestion spécifiques au monde de l’économie sociale, notamment au travers de la gestion financière.

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